Ferora Les aventures d’Eloah et Ferora Eloah
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< La création de l’Horizon Chapitre deux : Rencontres et amitiés >

Chapitre un : D’où viens-je ? ~ Autobiographie de Ferora

De Ferora, publiée le lundi 24 descendre 637 à 00:00:00

Et bien, voilà, je me suis enfin décidée à écrire mon journal, ou peut-être plutôt mon autobiographie, mes mémoires si vous préférez. Je ne sais pas vraiment quel nom donné à ce livre, mais toujours est-il qu’au crépuscule de ma vie, l’envie et le besoin de coucher sur le papier mes aventures, pour ma descendance, se font de plus en plus sentir. Alors, je vais tenter de rappeler mes souvenirs lointains, de l’aube de ma vie jusqu’à ce jour où ma flamme vacille.

Pour commencer, sachez que je suis la fille de Ferore et Temkipass La Feu. Elle était disciple de Féca, alors que mon père était, lui, disciple de Xélor. De plus, il me faut ajouter que je ne suis pas née sur ce monde. Bien au contraire, comme ma mère, je suis originaire du monde de Jiva, et mon père, quant à lui, est encore originaire d’un autre monde, celui sous la protection de Djaul. C’est à se demander comment ils ont pu se rencontrer, vivre ensemble, et me concevoir. Heureusement, mes parents m’ont raconté leur histoire, et je vais tâcher de m’en souvenir au mieux pour vous la relater à mon tour. Mais, il faut bien savoir, tout au long de ce récit, que mes souvenirs étant ce qu’ils sont aujourd’hui, je ne vous garantis pas la totale véracité de tous les faits, ni tous les détails possibles.

Il s’enfonçait, alors, dans des régions très méconnues, voire même inexplorées. Et, un jour, ce fut payant. Il découvrit un vieux bâtiment en pierre, avec une façade toute en colonnade, ouverte aux quatre vents. Un escalier qui en faisait toute la largeur, permettait d’accéder à cette immense terrasse couverte. Ensuite, venait le bâtiment proprement dit, ouvert en son centre à l’endroit où jadis devait se trouver une porte phénoménale. Il n’avait jamais vu une telle architecture sur ce monde, dans aucune des nombreuses contrées qu’il avait parcouru. Pourtant, elle lui semblait si familière… Ce n’est que bien plus tard, lorsque les voyages entre les mondes furent démocratisés, qu’il a été mis en évidence que tout un chacun trouvait ces bâtiments familiers. Pour l’heure, il trouva ce sentiment des plus étranges, mais ceci ne le dissuada point d’entrer. On ne refait pas un explorateur né, « Aventurier un jour, aventurier toujours ! » comme on dit souvent. Il découvrit ainsi un immense hall où plusieurs Mulous n’auraient eu aucun mal à se tenir les uns sur les autres. Mais bon, a-t-on déjà vu des Mulous agir aussi bizarrement ? Alors on ne peut se faire une idée exacte de la hauteur sous plafond, mais je pense qu’elle devait être vraiment très impressionnante. Il y avait aussi deux portes, en pierres celles-ci, de part et d’autre, menant à des pièces depuis longtemps abandonnées, peut-être avant le temps lui-même. Néanmoins, c’était sur le mur de fond qu’il y avait le plus extraordinaire, le plus incroyable. Un immense « trou » rempli de toutes les couleurs possibles et imaginables qui changeaient de tons dans un ballet sans fin. C’est ainsi qu’il découvrit le Vortex, le passage entre deux mondes.

Bien entendu, au début il ne pouvait croire que cette chose existait, était bien là, réelle, devant ses yeux. C’était au-delà de toute la magie qu’il connaissait, au-delà de sa compréhension actuelle. Bien sûr, il tenta de l’étudier, de comprendre comment cela pouvait exister, à quoi cela pouvait-il servir, en vain. Jusque là, cependant, il ne s’était pas approché à moins de dix pas de l’objet. Sa curiosité étant excitée au plus haut point, il finit, tout de même, par lui céder et s’en approcha, à en tomber dedans. Alors qu’il était si près, il pu voir au travers, comme dans un brouillard multicolore. Et, ce qu’il vit le stupéfia encore davantage. La pièce de l’autre côté, car il devait bien admettre qu’il s’agissait d’un côté différent du sien, était absolument identique à celle où il se trouvait. C’est en la parcourant du regard qu’il remarqua qu’elle n’était pas vide, quelqu’un s’y trouvait et s’y livrait aux mêmes expériences que lui plus tôt. Il s’agissait d’une disciple de Féca, ma future mère.

Dingue, non ? Imaginer que mes deux futurs parents découvrent cet endroit inconnu de tous, au même moment, et qu’ils vont en plus tomber amoureux… C’est quand même digne des pires romans à l’eau de Don Ruan, et c’est pourtant ce qui est arrivé. Ce fut mon père qui décida, le premier, de franchir le vortex — vous me direz que c’est logique puisque ma future mère ne l’avait pas encore vu, mais je me permettrai de dire qu’il aurait pu attendre qu’elle le voit et la convaincre de venir de son côté à lui. Bref, comme lui-même ne sut jamais pourquoi exactement il avait pris cette décision, cela ne sert à rien d’en discuter. Mais, je pense que nous pouvons émettre une hypothèse des plus plausibles : il avait eu le coup de foudre, tout bêtement. Et ce n’était pas à sens unique. En effet, quand il apparut de nul part — enfin bon, du vortex quand même —, elle fut, bien entendu, très surprise. Toutefois, elle eut, à son tour, le coup de foudre pour ce mignon petit disciple de Xélor. Et oui, comme nombre de disciple de ce Dieu, mon père ne dépassait pas les un mètre cinquante-cinq… Ce qui lui allait très bien !

Bon… Remarquez que mes parents, puis moi, avons sans doute enjoliver les choses avec l’écoulement de l’Horloge. Il est, tout de même, certain qu’ils exerçaient une attirance mutuelle forte. Ils n’ont du reconnaître l’amour que bien plus tard, après avoir fait connaissance et combattu ensemble à de nombreuses reprises lors de leurs excursions. En effet, ma mère était, elle aussi, une aventurière chevronnée et insatiable — on ne s’étonnera donc plus de mon caractère. Lorsqu’elle avait appris que mon futur père — lors de leur première discussion après son passage — avait cette même passion, elle voulut absolument lui faire découvrir son monde, dans son entier, et voir à quel point les deux mondes se ressemblaient ou différaient. Ils voyagèrent, ainsi, pendant plusieurs mois, voire quelques années. Je pense que c’est pendant cette période qu’ils tombèrent réellement amoureux l’un de l’autre. Il est vrai qu’on aurait pu croire que le couple formé par un disciple de Xélor et une de Féca était des plus étranges et atypiques. Toutefois, mon futur père était encore assez jeune, quand il rencontra ma future mère, pour ne pas avoir eu recours au rituel finale du Dieu Xélor. Il ne ressemblait donc pas encore à une momie ambulante ! Oh ! Je sais bien que je ne devrais pas me moquer ainsi de ces disciples, mon père était l’un d’eux et ils m’ont rendu de grands services par la suite après tout, mais à l’heure d’aujourd’hui, si près de ma mort terrestre, mon caractère facétieux est plus vivant que jamais ! Et, je peux vous dire que je dois bien l’avoir hérité de mes deux parents à la fois. Il est donc deux fois plus fort que pour beaucoup d’entre vous, hi ! Hi ! Hi !

Non sans quelques mécontents et indignés, mes parents se marièrent quelques temps plus tard, en l’église d’Amakna, sous la bénédiction de Féca. En effet, la Déesse n’avait que faire des préjugés des autres, qu’ils soient disciples, Dieux ou Déesses, elle aimait bien le couple qu’ils étaient et avait décidé de les aider. Le mois suivant, ils s’installèrent dans la petite ferme familiale de ma future mère. Bah oui ! Et la lune de miel ? Il ne faut pas l’oublier quand même. Surtout que je naissais neuf mois plus tard. Par contre, je n’arrive pas à me souvenir de l’endroit, sans doute l’île de Moon ou de Pandala. J’opterai plutôt pour la première hypothèses puisque je me rappelle ma mère parlant toujours de retourner à l’île des pirates avec un très grand enthousiasme. Elle disait toujours qu’on ne pouvait plus s’amuser et acquérir de l’expérience nul part ailleurs. C’était peut-être vrai pour elle, mais moi, je me souviens surtout m’y être ennuyée sans même voir l’ombre d’un pirate. Peut-être aussi qu’à force d’être sédentaire et de vivre dans le calme plat, elle avait idéalisé cet endroit à l’extrême. Ou peut-être, est-ce tout simplement du au fait que je ne me suis que rarement aventurée dans la jungle de cette île. Je ne le saurais jamais, maintenant…

Je passai donc une enfance très tranquille, loin de la guerre incessante des cités de Bonta et Brâkmar, au cœur des terres du Roi d’Amakna, à faire tout les bêtises possibles des gamins. Néanmoins, il y eu trois événements majeurs qui m’ont marqué. Le premier, à mes sept ans, quand mes parents m’apprirent qu’ils n’étaient pas tout à fait mes parents biologiques. En fait, si je n’avais ni de frère ni de sœur, c’était parque que mon père ne pouvait concevoir d’enfant. Une blessure très grave, lors d’un combat prématuré contre un sanglier des plaines, l’avait conduit aux portes de la mort. C’est-à-dire que le sanglier l’avait ouvert de bas en haut, en endommageant gravement ses parties génitales. Les médecins avait assuré à mon père que ce serait sans conséquences, mais la Déesse Féca, elle-même, leur avait soufflé lors du mariage qu’ils ne pourraient avoir d’enfant. Cela rendit ma mère très malheureuse, mais elle réussi à garder le change jusqu’à la fin de la cérémonie. Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent seuls, le premier soir de leur lune de miel. Alors, elle pleura toutes les larmes de son corps, et mon père, impuissant à la consoler, la garda dans ses bras toute la nuit. Une semaine plus tard, ma mère n’en était toujours pas remise et se vengeait sur tout les pirates qu’elle chassait. Finalement, au début de la semaine suivante, Féca, Déesse du Bouclier et Co-Maîtresse du Feu, leur apparu. Elle leur tint ces termes, à jamais gravés dans le cœur de ma mère et le mien : « En ce jour, moi, Féca, j’ai décidé de créer une vie à partir de deux mortels qui ne peuvent concevoir. Ils seront chargés de lui apporter l’amour éternel des parents envers leur progéniture, la meilleure éducation dont ils sont capables, et la protection de son corps et de son esprit. Quant à moi, je serai chargé de lui apporter une éducation divine et la protection de son âme. En échange, l’enfant créé sera chargé d’exécuter toute mission que le Panthéon jugera bon de lui confier. Acceptez-vous ce contrat ? » Bien entendu, ma mère accepta aussitôt, mon père après quelques instant de réflexion. Ainsi naquit le vingt-septième enfant du Panthéon, moi. Bien sûr, je ne devais jamais dire qu’elle était ma nature exacte à quiconque, mais à l’aube de ma mort terrestre, et de ma naissance semi-divine, je pense qu’on ne me le fera pas regretter. Et puis, cela expliquera certaines de mes aventures, ou l’origine de certains de mes pouvoirs, dont ma parfaite maîtrise du feu.

Le deuxième était plus prosaïque, il s’agissait du choix — en tant qu’enfant de parents de deux religions différentes — que je devais faire entre suivre la voie du Dieu Xélor, et celle de Féca. Bien entendu, et en grande partie, je crois, grâce aux révélations de mes parents cinq ans plus tôt, je choisis d’adorer Féca. Je m’aperçus alors de la relation privilégié que je pouvais établir avec elle, elle m’aimait presque autant que je l’aimais moi-même et m’autorisa, assez vite, à l’appeler dans mon cœur « Mamora » qui signifie Mère divine dans le langage du Panthéon. Nul ne s’étonnera que j’obtenais les meilleures notes dans tout les domaines de mon éducation religieuse. Mais, c’est sûr que les prêtres du temple furent un peu désorientés au début. Ainsi, je m’amusais à leur jouer quelques tours de temps en temps, mais point trop sinon c’était Féca qui me grondait d’abîmer ses prêtres ou l’un de ses temples. Et, autant vous dire qu’une Déesse en colère… Enfin, je finis mes études sans détruire complètement le temple avec deux ans d’avance. C’est ainsi que je pus rentrer chez mes parents pour mes seize ans. Je passai deux années merveilleuses, presque d’égal à égal avec eux, ils me considèrent comme une adulte dés mon retour, et j’en fus enchantée. Malheureusement, la fin de cette deuxième année fut marqué par le troisième événement majeur de ma vie.

En réalité, il s’agit plutôt de deux événements, mais si proche dans le temps que je les comptabilise comme un seul, même s’ils n’ont absolument aucun rapport entre eux. Oui, c’est compliqué une fille ! Enfin, je vais vous parler du premier de ces événements, sans doute le plus extraordinaire. En fait, personne n’a même encore réellement compris comment cela arrivait, ni sa nature exacte. Et, oui ! Je parle, bien sûr, de la « connexion » qui peut exister entre un individu de nos mondes de magie et un de ce monde sans magie, mais à la technologie plus avancée que la notre. La mienne s’est établie lors d’un banal combat contre un piou, il était en train de manger les graines que mon père venait de semer dans le champs. Hum, je sais bien que nous en sommes tous passé par là, mais avouer avoir combattu volontairement une créature aussi faible est loin d’être facile et de me remplir de fierté. Toutefois, il faut bien assurer nos récoltes, non ? Enfin, passons. Je disais donc que la connexion s’était établi lors d’un de mes combats. Et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris qu’il s’agissait d’un garçon, de mon âge en plus ! Moi qui n’en avait pas fréquenté plus de deux ou trois, et presque tous plus jeunes que moi. Le choc passé, il m’appris que lui non plus n’avait fréquenté que guère de filles. Et, au fur et à mesure que nous faisions connaissance, nous nous appréciâmes de plus en plus, un peu comme si l’un venait combler un vide l’autre. Oh, non ! Nous ne tombâmes pas amoureux ! Nous tissâmes plutôt une très forte amitié, voire même une relation frère-sœur avec le temps… Toutefois, je ne le révélais pas immédiatement à mes parents, mortels ou Déesse. D’abord parce qu’eux-mêmes n’en avait pas. Ensuite parce qu’elle s’était établie avec un garçon et que j’avais peur de leur réaction devant ce fait. Bah quoi ! Nous ne sommes pas toujours rationnels en ce qui concerne nos parents. Si ? Enfin, parce que cela m’amusait de savoir quelque chose qu’eux-mêmes ignoraient. Bien, ou mal, m’en pris, je ne le saurais jamais.

C’est avec cette dernière affirmation que je peux faire la transition avec le deuxième événement majeur de cette période courte de ma vie. Un ou deux mois après l’établissement de la connexion, je ne sais plus trop, mes parents me révélèrent une dernière chose, leur deuxième plus grand secret — le premier étant mon origine. Ainsi, j’appris l’origine extra-monde de mon père, l’existence du Vortex et du bâtiment qui l’abritait, avec son emplacement plus ou mois précis selon les cartes. Autant vous dire que je pris, tout d’abord, cela pour une énorme blague, d’autant plus que nous étions le premier aperirel. Mais non, c’était la stricte vérité, et ils devaient même m’y emmener pour dissiper les derniers doutes que je nourrissais. Et bien oui, tout le monde savait pertinemment que de tel passage n’existait pas, c’était impossible. Même mon éducation divine ne m’avait pas préparé à ça. Sans nul doute que Féca voulait laisser mes parents agir les premiers, après tout, cela faisait parti du contrat. Pourtant, je découvris plus tard combien j’avais tort, mais sans pouvoir le dire à mes parents. En effet, mes parents ne purent jamais entreprendre ce voyage avec moi.

Le voyage était prévu la semaine suivante quand un immense panache de fumée barra l’horizon par un bel après-midi d’été. Nous fûmes tous — nos voisins et nous — intrigués par ce fait, et nous sortîmes donc presque tous dehors pour mieux voir, et tenter de percer le secret de cette fumée. Nous n’eûmes pas longtemps à attendre. Mais ce n’est pas notre vue qui nous informa de l’origine du sinistre, non, ce sont les habitants qui vivaient dans cette direction. En effet, peu de temps après que nous ayons découvert le panache, des petits groupes, de deux à cinq personnes, arrivèrent en courant, affolés, désorientés, mais tous très pressés. Nous tentâmes d’en arrêter quelques uns pour savoir ce qui se passait plus au Sud, en vain. Soit, ils ne s’arrêtaient même pas, comme si nous n’étions pas là ; soit, ils étaient tellement incohérents dans leurs propos que nous n’y comprenions rien ; soit, ils nous réclamaient de les protéger, de leur sauver la vie, mais sans jamais nous dire contre quoi. Si bien que plusieurs heures plus tard, nous ne savions toujours rien… Il fut donc décidé d’envoyer un éclaireur. Nous pensâmes d’abord à l’un d’entre nous, mais le danger paraissait si grand que nous ne pûmes nous y résoudre. Ce fut une disciple d’Osamodas qui nous sortit d’affaire en invoquant un tofu, rapide certes, mais un brin idiot. Elle mit donc un peu de temps à lui expliquer ce qu’elle voulait, mais finalement il partit. Nous n’attendîmes pas dans l’inaction, et c’est mon père qui le premier commença à nous organiser. Nous ne savions pas contre quoi ou contre qui nous devrions nous battre, mais nous nous y préparions de pied ferme. Nous réussîmes même à convaincre des fuyards de nous aider devant l’organisation que nous montrions. Toutefois, sans leur faire dire ce qui nous menaçait. Nous avions, de toute façon, laisser tomber. Par contre, il apparut vite que les enfants ne pourraient rester ici, exposés aux combats. Contre mon gré, et à l’initiative de ma mère, on me désigna comme garde des enfants avec ordre de les emmener dans les bois à huit cent pas à l’Ouest d’ici, et de s’enfoncer dans la forêt maléfique s’il le fallait. C’est vous dire à quel point les adultes prenaient le danger au sérieux, je pense même qu’ils se doutaient de sa nature, et c’est sans doute pour cela que ma mère voulait me protéger. Mais, ce n’est pas comme cela que je le ressenti à l’époque, plutôt comme une trahison. C’est pour cela que lorsque j’emmenai les enfants, je choisis volontairement d’aller un peu plus au Sud-Ouest afin de monter sur la colline du Chasseur — le nom vient du fait qu’elle offre un excellent point de vue à tout chasseur sur toute la plaine d’Amakna, et que le premier à l’utiliser fut le grand chasseur Cari Buh. De là, je pourrais, au moins, assister aux combats, et puis, voir aussi si mes parents y survivraient. J’avais, bien entendu, toute confiance en leurs pouvoirs, mais nous ne savions pas quel danger arrivait, et cela m’excitait et me terrorisait en même temps. Rarement, je ressenti d’émotions aussi intenses et contradictoires que ce jour-là.

Enfin, j’aperçus se découper sur l’horizon des silhouettes, mais encore trop lointaines pour les reconnaître. Les adultes par contre avaient vivement réagi et accélérer leurs préparations. Ils mirent la dernière touche à la tranchée, tandis que d’autres finissaient de planter des pieux tout les deux mètres en décalé les uns par rapport aux autres. En très peu de temps, quelques heures à peine, mes parents avaient réussi à créer une véritable tranchée qu’il serait très dur à prendre. Mais je les vis bientôt se positionner derrière, prêts à déchaîner leur magie. Je n’avais pas vu le tofu revenir, mais il était si petit à cette distance… Toujours est-il que d’ici je pouvais sentir qu’ils étaient tous prêts à affronter leur ennemi ! Mon père leur avait, sans doute, sortit un de ces discours sur l’honneur, la mort au combat, la protection de leurs enfants et de leurs récoltes, et tout le reste. Il savait s’y prendre mon père pour motiver ses troupes, même s’il n’avait jamais voulu rejoindre l’armée du Roi d’Amakna. Finalement, les silhouettes furent assez près pour être reconnaissable, et là, je dois avouer que j’eus du mal à reprendre mon souffle. Il ne s’agissait, rien de moins, que de l’armée brâkmarienne au grand complet ! Mes parents et leurs voisins fermiers allaient combattre toute l’armée au service d’Hyrkul, adorateur de Djaul. Ni une, ni deux, je voulus me précipiter pour dissuader tout le monde de pareil folie, les convaincre de fuir. Oui, cette armée me faisait si peur que j’eus ces pensées pendants quelques instants. Heureusement, les enfants se rappelèrent à moi, et je tachais plutôt de les rassurer, car eux aussi avait reconnu les soldats de la cité démoniaque.

Le combat ne commença pas dés l’arrivée de l’armée à la barrière de pieux. En fait, les soldats du premier rang étaient même complètement hilares devant si piètre défense. Bientôt, un soldat aux ailes démoniaques impressionnantes s’avança, et j’imagine qu’il s’agissait du chef demandant aux résistants de se rendre. J’eus vite la réponse puisqu’un rayon sombre de magie Xélor vint le frapper de plein feu. Aussitôt, les hostilités commencèrent… Mes parents se conduisirent en héros pendant la bataille, tantôt ils sauvaient la vie de l’un, tantôt ils colmataient in extremis une brèche, tantôt ils prenaient la vie d’un autre — un démon bien sûr. Hélas, c’est ce qui causa leur perte. Devant leur efficacité, les soldats comprirent assez vite qu’ils étaient les personnes à abattre pour remporter cette bataille. Bientôt, tout les brâkmariens inoccupés concentrèrent leur magie dans leur chef. Mes parents virent bien la manœuvre mais les soldats étaient si nombreux qu’ils n’avaient pas le temps de se préparer à parer cette attaque. Ainsi, le chef de cette armée de démons finit par leur lancer toute la magie accumulée. Les armures et le bouclier de ma mère furent balayés, le contre de mon père enfoncé… Ils reçurent une telle dose de magie démoniaque qu’ils moururent à l’instant même, sans même ressentir les effets de souffrance inhérents à ce type de magie. En tout cas, je l’espère… Mais sur l’instant, je fus si paniquée que je voulus immédiatement rejoindre leurs corps, alors que le combat n’était pas encore fini. Heureusement, ce sont les enfants qui, encore une fois, me ramenèrent à la réalité. Ils étaient tout aussi paniqués que moi, voire plus, et je me devais de les aider. D’autant plus que l’horreur n’était pas fini. Balayés par l’onde de choc, tous les combattants étaient à terre. Malheureusement, ce furent les soldats brâkmariens qui se relevèrent les premiers, et ce fut une véritable boucherie. Ils massacrèrent les autres résistants, les piétinant, les écartelant, les embrochant… Tous les enfants étaient maintenant sur la colline, et je ne pus détacher mon regard de cette catastrophe pour leur faire détourner leurs yeux à leur tour. À jamais nous resterons les orphelins survivants de Flaminaë. En effet, quand les soldats se furent retirés et éloignés de milliers de pas, nous retournâmes à nos fermes et ne purent constater que tout nos parents étaient morts, tous sans exception. Mes parents étaient ceux qui étaient dans le plus mauvais état, on leur avait même uriner dessus…

Malheureusement, je ne pouvais pas m’occuper de mon chagrin tout de suite, je devais toujours m’occuper des enfants. Et là, je dois remercier mon connecté de m’avoir soutenu, sans lui j’aurais lâcher prise presque immédiatement. Je recrutais les plus âgés pour commencer à creuser les tombes, et demandais aux plus jeunes, le plus difficile mais le plus à leur portée, de nettoyer au mieux et de rassembler les corps incomplets. Incomplets, voilà un mot bien faible pour dire que les corps étaient en différents morceaux éparpillés sur tout le champs de bataille. Néanmoins, quand je fus sûre que tout le monde faisait son possible, j’aidais au maximum les deux groupes, les encourageait de toute les forces qui me restaient. Et, heureusement que nous n’avions pas de bébé avec nous, je ne sais comment nous aurions pu nous en occuper. Finalement, les plus jeunes finirent les premiers de rassembler les corps, et pour leur éviter de sombrer, je leur demandais de ravitailler ceux qui creusaient les tombes, deux pour chaque jardin. Ce n’est que très tard dans la nuit, à la lueur des feux que j’avais allumé, que nous pûmes enfin enterrer les corps de nos parents. Les enfants me demandèrent de réciter les prières de mort pour chacun de leur parent, je ne pus leur refuser. L’aube se levait quand je finissais la dernière prière.

Bien entendu, nous étions tous très très fatigués, mais je ne pouvais toujours pas les laisser. Nous devions aller nous reposer dans un endroit moins exposé, et je ne voyais que la forêt où nous nous étions déjà cachés hier. Je les convainquis donc de me suivre là-bas, et ce ne fut pas chose facile puisque beaucoup étaient trop jeunes pour vraiment comprendre ce qui venait de se passer. Quand nous arrivâmes dans un endroit de la forêt que je jugeais bon pour nous protéger, je me lançais dans l’incantation d’un sort que Féca, elle-même, m’avait appris. Il était censé nous protéger de toute intrusion dans le lieu désigné par mon incantation. Mais, il s’agissait d’un sort très difficile et j’avais tout les peines du monde à ne pas me tromper. Heureusement, Féca me vint soudain en aide et finit l’incantation à ma place. Elle en profita pour me réconforter et me dire qu’elle était très fière de moi. La Déesse Féca était très fière de moi ! Cela avait de quoi me remonter le moral, si je n’avais pas perdu mes parents la veille. Lorsque je sortis de ma transe, je ne savais pas si je pleurais de tristesse ou de fierté. Toutefois, pour mes compagnons, c’était plus simple, ils dormaient tous à poings fermés. Je remarquais aussi que la lumière semblait bizarrement moins forte, plus ténue, sous le dôme protecteur, sans doute un effet de ma Déesse. Je fis un dernier tour d’inspection, recouvrait d’une couverture ceux qui n’avait pas eu la force de le faire eux-même, vérifiait aussi qu’aucun enfant ne manquait à l’appel. Enfin, je pus à mon tour me coucher, ayant parfaitement confiance en la magie protectrice de ma Déesse.

Nous dormîmes tout le jour et la nuit suivante. Les premiers à se réveiller furent, bien sûr, les plus jeunes, les plus affamés. Heureusement, en plus des couvertures, j’avais fait emmener le plus de nourriture possible et nous pûmes prendre un petit-déjeuner presque normal. Je restais surtout avec les plus jeunes pour continuer à les réconforter, mais je m’assurais aussi que les plus vieux ne flanchaient pas. Si eux cédaient, les plus jeunes seraient incontrôlables. Tous furent assez fort pour se maîtriser pendant ce premier repas, mais quand il fut fini et qu’ils purent aller seuls dans les alentours, j’en vis plusieurs revenir les yeux rouges. Je ne pouvais, toutefois, les en blâmer puisque moi-même c’était la seule chose que je désirais. Je devais aussi décider ce que nous allions faire maintenant. Et, franchement, je ne savais pas… Nous ne pouvions vivre seuls, pas plus que nous ne pouvions retourner dans nos maisons. « Quoi faire ! », voilà ce que je me disais jusqu’à ce mon connecté se manifeste, plus calme que moi, il me parla de l’évidence même : le Roi d’Amakna ! Seul lui pouvait maintenant nous aider, mais si cela était vrai avant l’invasion des soldats brâkmariens, est-ce que cela l’était toujours ? Tout le monde savait que le Royaume d’Amakna n’avait pas assez de soldats pour contrer une attaque de l’une des cités, juste quelques soldats ici et là pour maintenir l’ordre, et encore, tous étaient dans ou aux abords du village d’Amakna. Mais bon, je n’avais pas le choix, il était notre seule solution. Alors, dans l’incertitude la plus complète, je menais mon petit groupe vers le Nord-Est, vers le château du Roi Allister d’Amakna.

Nous sortîmes des bois vers midi, puis nous traversâmes la vieille voie ferrée abandonnée dans le milieu de l’après-midi. C’est là que nous dûmes nous arrêter car les petits n’en pouvaient plus, et je n’avais pas le cœur, ni l’envie, de les forcer. Nous montâmes donc le camp, ou plutôt j’invoquais le même bouclier que précédemment, et les autres préparèrent leur couche, puis certains s’occupèrent de préparer l’endroit où j’allumerai le feu, tandis que d’autres préparaient la partie froide du repas. Quand j’eus fini mon incantation, j’allumais rapidement le feu pour finir la préparation du repas que les petits attendaient avec impatience, puis je fis un tour d’inspection. Le repas fut excellent, et quand j’annonçais que nous étions proches du village d’Amakna, le moral de ma troupe fut au maximum qu’on pouvait attendre d’enfants venant de perdre leurs parents dans d’atroces conditions. Nous réussîmes même à passer une soirée assez sympathique, à jouer autour du feu, à chanter quelques chansons, et à griller quelques greu-vettes. Incroyable, non ? Nous pouvons sûrement mettre cela sur le compte de notre jeunesse, et sur notre volonté de ne pas nous apitoyer sur notre sort, en tout cas de la part des aînés. Le coucher fut assez facile et tout le monde s’endormit vite. Après un dernier tour de garde, je m’endormis tout aussi tranquillement qu’eux.

Le lendemain, nous nous réveillâmes dés l’aube et prîmes un petit-déjeuner rapide. Puis, après avoir nettoyer, nous repartîmes vers le château du Roi Allister. Nous y arrivâmes sans encombres en début d’après-midi, après avoir traverser le village où tout les soldats du Royaume y avait apparemment été rappelés. En fait, en arrivant à proximité de l’entrée Sud du château, nous découvrîmes une longue file d’attente de personnes aussi mal en point que nous. Curieuse d’en connaître la raison, je demandais à la première personne – qui se trouvait être la dernière personne de la file donc – ce qui se passait là. Elle me répondit que devant l’afflux massif de réfugiés au château, le Roi Allister, avait dû organiser ce flot ininterrompu. Et la meilleure solution était de les voir par groupe familiale, ou par groupe de route s’il ne dépassait pas vingt personnes. Je lui demandais aussi ce qu’était devenue l’armée brâkmarienne. Alors, elle m’expliqua que l’armée démoniaque avait avancé, avancé, sans rencontrer la moindre résistance jusqu’à arriver à une centaine de pas du village d’Amakna. C’est à ce moment là que l’armée bontarienne arriva enfin, même si les soldats des deux cités étaient autant méprisés les uns que les autres par les citoyens de la contrée neutre d’Amakna, ils étaient bienvenues ce jour là. Elle ajouta que c’étaient les messagers sufokiens qui avait prévenu Bonta. Chose étonnante, mais elle m’expliqua que les habitants avaient peur que si les Brâkmariens s’emparent de toute la contrée, ils n’en repartent jamais, ce qu’ils ne pouvaient se permettre. Ainsi, elle finit par me décrire la victoire de l’armée bontarienne et la fuite des soldats brâkmariens survivants. La contrée était sauvée, mais tout les réfugiés n’étaient pas encore arrivés, ni toutes les victimes connues, le prix était très lourd et le Royaume s’en souviendra longtemps.

Pour l’heure, je me concentrais plutôt à garder les plus jeunes dans la file en les occupant de mon mieux, et laissant les plus âgés avancer et me prévenir quand nous arriverions devant le Roi. Ce fut long, très long, mais quand le soir arriva et que je craignis que nous devînmes attendre le lendemain, nous entrâmes enfin dans la maison du Roi. Il était temps, les soldats du Roi fermèrent bientôt les portes de la maison, signifiant ainsi que ceux restés dehors devraient attendre un jour de plus. Nous avions enfin de la chance… Nous pûmes voir le Roi Allister, quelques heures plus tard. Il avait l’air aussi fatigué que nous, mais il nous reçu aimablement et m’écouta avec attention. Il fut de plus en plus furieux, mais aussi de plus en plus fier de nos parents, au fur et à mesure de mon récit. Quand j’eus fini, il se leva aussi royalement que possible et déclara : « Nous, Roi Allister, déclarons ces enfants, Pupilles de la Nation. Ils seront dorénavant sous la responsabilité du Royaume d’Amakna. Aussi, nous déclarons la journée de demain, jour de deuil national pour les héros de Flaminaë, et leur histoire fera dorénavant partie de l’Histoire du Royaume d’Amakna. Nous avons dit ! Aujourd’hui 13 joullier 627. »

Bien sûr, je fus très heureuse de la décision du Roi, les enfants auraient la meilleure éducation possible et ne manqueraient de rien. Mais pour moi, cela ne m’était d’aucune utilité, juste la reconnaissance pour mes parents qui était loin de me suffire. Cela faisait deux jours et deux nuits que je ne pouvais pleurer mes parents, et tout ce que j’avais, c’était un ridicule jour de deuil national ! Autant dire qu’ils étaient morts pour rien ! Nos parents avaient risqué leur vie, et perdu cette vie, pour défendre leur famille, leur maison, leurs récoltes… Et ils n’obtenaient qu’un jour de deuil. Bon, d’accord, les enfants étaient pris en charge par le Royaume, mais c’était quand même ridicule à côté de la perte de leurs parents. En tout cas, c’est comme cela que je le ressentais. D’ailleurs, cela dû transparaître sur mon visage car lorsque le Roi se rassit, il me demanda si quelque chose d’autre n’allait pas, s’il pouvait m’aider. C’est là que je compris qu’il avait fait tout ce qui était en son pouvoir, et qu’il ne pouvait tout simplement pas supporté mon chagrin, ma culpabilité et mes remords à ma place. C’est pourquoi lorsque les enfants furent conduits vers l’orphelinat royal, je restais en arrière.

Je demandais alors au Roi s’il m’autorisait à partir de son château. Bien entendu, il voulu en connaître la raison, mais je ne pouvais pas lui dire que c’était par pur égoïsme, que je voulais me retrouver seule… Alors, je lui répondis que mes parents avaient écrit de longue date un testament, et que je me devais d’exécuter leurs dernières volontés, ce qui était la pure vérité au demeurant. Par contre, il me fit remarquer que, certes, remplir les dernières taches confiées par mes parents était important, mais que cela pouvait attendre que je sois en état de le faire. Effectivement, je dû admettre que j’étais loin d’être en possession de tout mes moyens, toutefois, je ne voulais vraiment pas rester une minute de plus dans ce château. Malheureusement, ou heureusement, deux de mes anciens petits voisins arrivèrent soudain en courant et vinrent se blottir dans mes genoux. Ils pleuraient à chaudes larmes parce que leur nouvelle chambre leur faisait peur, et que je n’étais pas là pour les rassurer. Que voulez-vous faire dans ce cas-là ? Rien, vous êtes coincés. Je m’agenouillais donc, et à force de mots doux et d’étreintes chaleureuses, je finis par les calmer. Je leur avais notamment promis de rester avec eux encore un moment, le temps qu’ils s’habituent à leur nouvelle maison. C’est à ce moment que l’un des gardes chargés de les escorter à l’orphelinat arriva, lui aussi en courant, à la recherche de mes deux fugueurs. Naturellement, il était furieux, à la fois qu’ils l’aient fait courir et qu’ils soient entrés de manière si cavalière dans la salle du trône. Hélas pour lui, le Roi fut du côté des enfants et lui ordonna de se calmer, de ne leur infliger aucune sanction, et de les laisser rentrer en ma compagnie.

Je restais deux semaines, deux semaines pendant lesquelles je pus oublier, pendant un temps, le massacre de Flaminaë, revivre, reprendre des forces, accomplir les dernières volontés de mes parents, penser à ce que je devais faire… J’hésitais un temps, mais en réalité je savais depuis le début que je devais entreprendre le voyage vers le Vortex, leur dernier projet inachevé. Je me préparais donc les derniers jours à ce périple difficile, d’autant plus que mes parents ne m’avaient décrit que brièvement le chemin à parcourir – bah oui, la localisation de l’objectif ne suffit pas toujours. Néanmoins, le Roi, toujours aussi bienveillant à mon égard, me permis d’utiliser les archives royales. Ainsi, je pus établir un chemin, certes approximatif, qui me conduirait sans trop d’encombres au bâtiment qui abritait le Vortex. Il passait bien par tout les grands point de repères dont je me souvenais, mais parfois j’avais la nette impression que quelque chose ne collait pas. N’ayant rien d’autre à ma disposition, je fis taire mes doutes et partis le 27 Joullier au soir, jugeant plus propice d’éviter les adieux interminables avec les plus jeunes. Oh ! Ne vous inquiétez pas, je leur avais bien dit « Au revoir », mais plus tôt dans la journée, chacun à son tour. Seuls les plus vieux m’accompagnèrent jusqu’à la sortie de l’enceinte du château. Et, chose étonnante, le Roi lui-même m’avait souhaité bonne chance quand nous étions passé devant sa maison. Mon voyage s’annonçait donc sous les meilleures hospices.

Et bien, au début je crûs plutôt que j’avais entrepris de cheminer à travers le monde des Démons. Je me perdis sans cesse, tantôt les point de repères qui disparaissaient, tantôt la carte qui n’était pas bonne, tantôt les bandits qui m’attaquaient. Oui, l’invasion de l’armée brâkmarienne avait eu, entre autres, pour conséquence la recrudescence des bandits de grands chemins, des contrebandiers et des voleurs de bas étage. Certains avaient tout perdu et ne voyaient que cette voie pour s’en sortir, d’autres étaient des déserteurs de l’une ou l’autre des armées de cités, d’autres encore avaient trouvés judicieux cette période de trouble pour se lancer dans le métier. Heureusement, j’avais reçu une éducation divine, en plus de celle de mes parents, et avec ce que je venais de vivre, les bandits qui voulurent me détrousser le regrettèrent amèrement. A un moment, j’attendais même leurs attaques avec impatience tellement cela me donnait un sentiment de puissance. Je revins sur terre lorsque le groupe qui m’attaqua fut composé de quatre bandits manchots – les plus redoutés d’Amakna après les roublards – d’un mineur sombre et d’un forgeron tout aussi démoniaque. Je ne me demandais même pas ce qu’ils faisaient si loin de leur territoire habituel, et fuyais sans demander mon reste.

Ce fut la dernière embuscade que j’eus à affronter, mais non la dernière difficulté. Cependant, quelques jours plus tard, je finis par apercevoir au loin le toit du bâtiment décrit par mes parents. J’atteignis le bâtiment lui-même deux heures plus tard. Il était exactement comme mon père me l’avait décris. Je devais me rendre à l’évidence, mes parents m’avaient bien dit toute la vérité. Curieuse, j’entrais à l’intérieur et découvris le Vortex, passage que je supposais mener au monde de Djaul, celui qui avait vu naître mon père. Je m’émerveillais des couleurs changeantes, de la science de la magie qu’il avait fallu pour le concevoir, de toutes les lois de la magie que je connaissais qu’il remettait en question. N’y tenant plus, je le traversais et arrivais dans une salle identique, tout comme mon père l’avait raconté. C’était fantastique ! Je venais de changer de monde, vous vous rendez compte ?! J’étais complètement euphorique, il faut bien le dire. Après tout ces jours de galère, je marchais dans les pas de mon père ! Quelle fille ne serait pas fière de cela ? Et quels parents ? Et bien, ma mère divine…

En effet, elle me disputa pour mon imprudence, mais surtout pour ne pas l’avoir prévenue. Ce n’était pas parce qu’elle avait porté toute son attention ailleurs qu’il ne fallait pas l’informer d’une décision aussi importante que celle de changer de monde. Quand je lui dis que je l’avais fait pour connaître le monde de mon père, elle fut pour de bon en colère. En effet, j’avais traversé le mauvais vortex, et elle m’en voulait de mon irresponsabilité. Comment pouvais-je le savoir, moi, qu’il y avait d’autres vortex qui conduisaient vers toute sorte de monde. Elle ne m’en avait jamais parlé, et mon père ne le savais pas. Malheureusement, la méconnaissance n’était pas une excuse valable face à un Déesse.

Enfin, elle finit par se calmer et m’expliquer que je me trouvais dans le monde sous la protection de Raval. Également qu’en traversant le vortex j’avais perdu tout mes pouvoirs magiques de disciple. En effet, les vœux de fidélité à un membre du Panthéon n’était valable que dans un seul monde, ceci afin de réguler les flux. Je devais donc me rendre à sa statue originelle dans le village des mercenaires : Astrub. Mais alors, je lui demandais pourquoi je devais le faire puisque ce n’était pas ce monde que je voulais découvrir, mais celui de mon père. Il me fallait donc retourner dans le mien et retrouver le bon vortex. Elle me répondit alors que seules les personnes en possession de pouvoirs magiques pouvaient traverser les vortex sans dommages, je ne pouvais donc faire demi-tour immédiatement. Toutefois, j’avais encore un argument à lui opposer, les pouvoirs que j’avais reçu d’elle lors de ma conception, ceux-là ne dépendaient pas du Panthéon, mais de moi et moi seul, comme ceux des Dieux et Déesses. Elle répliqua que cela était certes parfaitement exact, mais que ces pouvoirs dépendaient en partie de ceux octroyés par les vœux de fidélité à un membre du Panthéon, par conséquent ils étaient grandement affaiblis et ne pouvaient assurer pleinement ma sécurité. Personnellement, je l’ai toujours soupçonnée de m’avoir menti sur ce point, mais comme je ne l’ai pas regretté plus tard, à quoi bon s’en plaindre. Je me mis donc en route vers Astrub dont elle m’avait donné la direction.


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