Ferora Les aventures d’Eloah et Ferora Eloah
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— Bek’ ? répondit Ahiâm à son tour en se dirigeant vers lui.
— Que s’est-il passé ? Tu as vu les autres ? demanda le disciple de Iop en rejoignant l’être ailé.
— Je ne connais pas grand chose à la magie runique. Mais c’est sûrement à cause de ça, révéla Ahiâm. Et, non, tu es le premier que je retrouve.
— Cette forêt commence à me plaire !
— Avant de venir ici, pour votre quête, vous saviez des choses sur cette forêt ?
— Ben, non. Enfin, on a pas vraiment cherché. C’est une forêt, concéda Bek’ dubitatif.
— Mhouais. Je n’ai jamais entendu parler de quoi que ce soit à son sujet non plus. Les filles n’ont peut être pas été séparées.
— Rha ! S’il arrivait quelque chose à Noïga… C’est moi qui l’ai entraîné dans cette aventure, soupira-t-il en donnant de grands coups d’épées autour de lui.
— Rien n’arrivera à personne, fit Ahiâm d’un ton déterminé, tout en ayant compris que le disciple de Iop affectionnait particulièrement celle de Sadida. Tu as faim ?

Ahiâm avait sur lui sa besace et elle contenait de quoi manger et boire, un peu. Il fit donc part d’un peu de ses possessions consommables à son compagnon, pour son plus grand bonheur. Ailleurs, Eloah était grimpée à la cime d’un immense arbre dont elle n’aurait sû donner le nom. La vue qui s’offrait à elle de ce poste fut déconcertante. Elle avait la tête noyée dans une épaisse brume qui ne laissait rien paraître, la vision était nulle. Elle redescendit plus facilement qu’elle avait grimpé, un peu agacée. Tandis que la disciple de Sacrieur ronchonnait dans son coin, bien que seule, elle perçut un bruit dans les massifs chlorophylliens derrière elle. Elle se retourna aussitôt en dégainant une de ses dagues de prédilection, envisageant un combat au corps à corps. À ce moment, la disciple de Sacrieur n’aurait sû dire si elle souhaitait réellement cet affront direct — tant le manque d’action la travaillait depuis un moment — ou si elle espérait qu’il ne s’agissait que de son imagination, bouillonnante par le manque de sommeil et son état de stress. Rapidement, elle sut qu’elle n’avait pas tant d’imagination. Les massifs feuillus frissonnaient à présent, révélant la présence d’une quelconque forme de vie dissimulée. Le même bruit l’interpella à sa droite, avec le frissonnement des buissons simultanément. Puis, à sa gauche, et enfin, derrière elle. Tout autour d’elle, les végétaux s’agitaient. Eloah sortit sa deuxième dague. Elle semblait encerclée.

« Allez ! Venez ! Venez vous battre au lieu de vous cacher ! ordonna-t-elle en tournant doucement sur elle-même, continuellement. Alors quoi ? On a peur, peut-être ? »

Ses provocations ne donnant lieu à aucune manifestation supplémentaire que cette danse des feuilles, Eloah pris le temps d’invoquer une épée volante, bien que cela se fasse rapidement. Ceci lui permettait de ne plus avoir à surveiller, ou du moins pas autant, ce qui se passait derrière son dos, car les épées volantes des disciples de Sacrieur foncent littéralement sur tout ennemi se dévoilant, quel qu’il soit. Après plusieurs minutes de suspense et sans transition, les buissons arrêtèrent leur transe d’un coup. Quand Eloah se tourna pour vérifier si ce qu’elle constatait devant elle, était également visible derrière, sa propre épée se planta dans son abdomen brutalement. Eloah lâcha ses dagues et tomba sur les genoux. Aussi longtemps que sa vision persista, elle ne vit aucune présence. Son épée finit par se désintégrer, processus naturel après avoir embroché sa cible. Quand la disciple de Sacrieur constata cette désintégration, elle eut simultanément le souffle coupé et s’effondra au sol. Sa vision se brouilla. Il lui sembla un court instant distinguer une silhouette humanoïde se pencher sur elle.

« Fero ? hoqueta-t-elle en manque d’air. »

Eloah n’eut pour seule réponse qu’un violent coup sur le crâne, l’envoyant sombrer dans une totale inconscience.

— Ça ne va pas, Ahiâm ? demanda Bek’ en relevant ce dernier qui s’était effondré en hurlant de douleur.
— Je ne sais pas… J’ai sentis comme… comme si on me broyait la tête, indiqua le soigneur tout en se massant le crâne.
— Tu dois être fatigué. Arrêtons-nous un peu.


Par Eloah

Darinao tournait en rond autour de son abri, aucune nourriture ne se trouvait dans les environs. C’est donc l’estomac vide qu’elle rentra sous le couvert des fougères. Elle ne savait pas quoi faire, elle n’avait pas été préparée à se retrouver seule dans les bois, elle avait compté sur la disciple de Sacrieur, et surtout la disciple de Féca pour la protéger et la sortir des mauvais pas. Elle se rendait compte à quel point elle dépendait de ses deux amies, peut-être était-il encore trop tôt pour son voyage initiatique… Mais, elle avait vu dans l’apparition providentielle et inespérée de la jeune femme une chance de rentrer dans son époque et de revoir sa grande sœur, Farida, bref, de rentrer chez elle. Elle savait bien que les deux femmes avaient une quête dangereuse à remplir, seulement, elle n’avait pas voulu risquer de perdre une occasion aussi belle. Et puis, Ferora était une Ryukana, un avatar de sa Déesse elle-même, elle croyait dur comme fer que la jeune femme retrouverait vite ses pouvoirs. Il ne pouvait en être autrement.

Voilà bien une pensée qui serait utile à l’intéressée. C’est-à-dire qu’elle venait d’être sortie brutalement de sa transe. La lumière violente qui s’était engouffrée par la porte ouverte suivit d’une énorme douleur dans son bas-ventre avaient eu raison de sa méditation. A peine se remit-elle de cette première douleur, qu’une seconde l’empoignît à nouveau, l’assommant presque. Quand enfin, elle pu ouvrir les yeux, ce fut pour voir son ventre maculé de sang à travers son haut déchiré. Heureusement, les blessures avaient l’air superficielles, mais cet afflux de sang l’étonnait et l’inquiétait. S’attendant à un troisième coup, elle ne releva pas sa tête, se préparant à encaisser de son mieux. Il n’arriva jamais. Alors, elle redressa sa tête et regarda la silhouette qui se dessinait dans l’embrasure de la porte, camouflée par la lumière vive du couloir. L’esprit embrouillé, elle n’arrivait pas à définir qui était l’individu, ou du moins, quel Dieu ou Déesse il servait. Ce qui lui aurait été très utile pour connaître ses forces et ses faiblesses.

La silhouette ne bougeait pas, elle observait fixement la jeune femme, comme pour la jauger. Au bout d’un moment, son examen vraisemblablement terminé, elle se retourna et referma la porte derrière elle. On entendit distinctement de lourdes barres de fer coulissées dans leurs guides, puis des pas qui s’éloignaient. La menace partie, la jeune femme se calma et reprit une respiration plus tranquille même si son bas-ventre la faisait souffrir à chaque inspiration. Dans le noir complet, elle ne pouvait examiner davantage ses blessures, aussi écouta-t-elle son corps. Un corps courbaturé, couvert de bleus, blessé, meurtri, qui ne savait plus où donner de la tête. Elle se rendit compte à quel point elle était affaiblit, même sa séance de méditation n’avait pu l’aider à se reconstruire. Il ne pouvait se permettre de rediriger des forces vers tel ou tel endroit, il en avait besoin partout. C’est sur ce constat peu optimiste que la porte s’ouvrit à nouveau, l’aveuglant encore une fois, et un nouveau coup au bas-ventre qui l’assomma pour de bon.

Ce n’est qu’au bout d’un long moment, dont elle ne pu mesurer la durée, qu’elle reprit progressivement conscience. Elle était toujours dans sa cellule souterraine, couchée sur le sol et dans l’impossibilité de se relever à cause de ses liens. Seulement, quelque chose avait changé, elle sentait une présence avec elle. La porte étant fermée, il s’agissait peut-être d’un nouveau prisonnier. Elle pria pour que ce ne soit pas un de ses compagnons. Elle attendit, sans bouger, quelques instants pour voir si la présence réagissait à son réveil. Comme ce ne fut pas le cas, elle chercha à savoir où elle était. Elle fouilla ainsi tout l’espace plongé dans les ténèbres qu’elle pouvait observer de sa position, en vain. Elle fit donc son possible pour tourner sur elle-même et regarder dans son dos.

Tout d’abord, elle ne distingua rien de plus que dans le reste dans le pièce, jusqu’à ce qu’un mouvement la renseigne sur la situation de la présence. Tout comme elle, avant son évanouissement, la présence semblait être assise sur ses genoux, pieds et mains dans son dos, sans doute liés. Le mouvement qu’elle avait perçu n’était autre que la tête de la personne qui cherchait à intégrer son nouvel environnement. En tout cas, c’est ce qu’il semblait, mais mieux valait se montrer prudente. Aussi ne fit-elle rien pour révéler sa présence. Elle continua plutôt à l’observer, du mieux qu’elle pouvait étant donné la noirceur dans laquelle elles étaient.

Soudain, une lumière intense comparée à leur environnement apparut dans le dos du nouvel arrivant. La jeune femme fut aveuglé au même titre que précédemment, et comme la personne qui l’avait invoquée. A ceci prés que cette dernière s’en remit plus vite, puisqu’elle s’y attendait. C’est alors qu’elle poussa un cri d’exclamation et de stupéfaction :

« Fero ! C’est bien toi ? Ma déesse, dans quel état es-tu… »

La disciple de Féca se remettant encore de la soudaine clarté ne répondit pas immédiatement. Cependant, lorsque le nouvel arrivant répéta plusieurs fois son nom, elle se rendit compte que cette voix lui était familière, trop familière. Elle avait peur de comprendre, mais quand sa vue revint totalement, elle dû se rendre à l’évidence. La disciple de Sacrieur était maintenant, elle aussi, prisonnière. Effondrée par ce nouveau coup du destin, elle ne pu retenir davantage ses larmes de désespoir.

Pendant ce temps, Bek’ continuait à tracer une route à travers la forêt, Ahiâm sur ses talons. Son action avait fonctionné une fois, il n’y avait pas de raison que cela ne se reproduise pas. Et puis, ce qui était arrivé au jeune disciple d’Eniripsa l’encourageait à retrouver d’autant plus vite Noïga, et les autres… Cette dernière venait de finir sa méditation et réfléchissait quant à la conduite à tenir lorsque une fillette traversa soudain le feuillage en face d’elle. Darinao, après avoir dormi plusieurs heures, était repartie à la recherche de nourriture, en élargissant son cercle beaucoup plus que le matin même. Dés qu’elle vit la disciple de Sadida, elle lui courut dans les bras et y pleura des larmes de soulagement.


Par Ferora

— Comment… comment es-tu arrivée là, demanda Ferora en sanglot à son amie.
— Je… Je ne sais pas. C’est arrivé si vite, je n’ai rien compris… souffla Eloah qui semblait manquer d’air.
— Elo, qu’est-ce que tu as ?
— Mes pouvoirs se sont retournés contre moi.
— Comment ?
— Une épée… Elle m’a embroché. C’est… impossible.
— Tu… Tu as vu son visage ? murmura Ferora qui souffrait de s’exprimer à cause de ses nombreuses douleurs.
— Nan. Je ne sais même pas ce qu’il ou elle nous veut, répondit la disciple de Sacrieur qui se remettait plus vite de ses blessures de par sa nature, mais qui souffrait tout de même, elle aussi.
— Elo, je…

Le bruit des pas maintenant bien connus se fit entendre, Eloah révoqua sa flammèche aussitôt. Elle s’aperçut à l’occasion que cette flammèche, sort infiniment mineur, lui avait couté beaucoup d’énergie, anormalement trop. La porte grinça et la lumière envahit la pièce. Les filles firent mine d’être éblouies. Une grande claque envoya Eloah au sol. Cette dernière fut saisi par les pieds et trainé ainsi comme un vieux sac trop lourd. Elle relevait la tête aussi bien qu’elle pouvait afin d’éviter d’être incéssament cognée par les irrégularités du plancher. La porte se referma dans un grand vacarme, plongeant une énième fois Ferora dans le noir. Cette dernière estima qu’il se passa bien une dizaine de minutes entre ce moment et le début des hurlements déchirants de sa fidèle amie. Ferora tenta bien de se persuader que ces cris terribles ne provenait pas de cette voix qu’elle connaissait si bien. Mais, bien que les cris stridents qui étaient émis déformaient les tonalités caractéristiques d’une voix, Ferora ne put que reconnaître la voix d’Eloah, sans aucun doute.

Au même moment, précisémment, et une fois de plus, Ahiâm gémit en se tordant de douleur.

« Ahiâm, mais… Quoi ? Que t’arrives-t-il ? Que dois-je faire ? s’affola Bek’. »

Le disciple d’Eniripsa suffoquait, restait plié en deux, hurlant sa douleur. Le disciple de Iop ne savait comment réagir, et ses questions restaient sans réponse, son interlocuteur étant incapable d’émettre une phrase complète. Une idée terrible traversa le pois de Bek’, chose inhabituelle, ce dernier songea à quelque chose. Alors que les deux garçons avançaient dans la forêt, ils avaient trouvés bon de discuter de leur vie respective, afin de combler le lourd et anormal silence de cette étendue verte. Ahiâm avait ainsi confié à Bek’ le contenu de sa mission. Bek’ se rappela donc que ce disciple possédait sur lui un certain nombre de fioles contenant les larmes divines d’Eniripsa, capables de soigner tous les maux. Le disciple de Iop fouilla donc dans la sacoche d’Ahiâm et y subtilisa une fiole, qui, par son apparence et son contenu, semblait tout à fait correspondre à une fiole magique. Ahiâm, toujours enclin à ses douleurs surnaturelles, fut saisi par Bek’ qui lui fit ingurgiter le complet contenu de la fiole, et ceci dans un geste peu délicat, comme à l’habitude des adorateurs de Iop. Aussitôt, le disciple d’Eniripsa tut ses souffrances. Il se redressa toutefois péniblement et dévisagea Bek’.

— Merci, vieux. Mais… Comment as-tu fais ça, tu t’y connais en potion ? hasarda-t-il, lui qui n’avait rien vu de la scène alors qu’il était plié en deux de douleur.
— Nan. Je suis content de ne pas m’être trompé, en tout cas ! fit-il tout fier.
— Quoi ? Mais… Comment ça ? Tu veux dire que… Tu ne savais pas ce que tu faisais ? demanda Ahiâm complètemant rétabli, les yeux grands ouverts.
— Ben… Cette fiole, c’est comme si elle m’avait parlé. Parmi les autres, c’est celle qui sortait du lot, je trouve.
— Une fiole ? Dans ma sacoche ? Tu as pris une fiole dans ma sacoche ? Mais, mais… De quelle fiole parles-tu ? s’affola Ahiâm tout en farfouillant son sac afin d’en réaliser l’inventaire.
— Bah, celle-là, répondit simplement Bek’ en agitant la fiole vide sous le nez d’Ahiâm, visiblement très perturbé.
— Non… Non, tu n’as pas… Bek’… Le visage du disciple d’Eniripsa devint livide, ses yeux larmoyaient à présent, il s’assit sur une souche qui semblait avoir été disposée là exprès.
— Mais quoi ?!
— Ciel. Ma mission est maintenant fichue… Ô ma Déesse, toute puissante, pardonnez-moi…
— Mais… Enfin tu vas mieux, non ?! s’énerva Bekaroë à qui la réaction d’Ahiâm échappait. Le résultat était là, après tout, pour une fiole en moins, pourquoi s’énerver ainsi ?
— Bek’… Ne le prends pas mal mais… N’essaye plus de m’aider, lâcha séchement Ahiâm en se relevant.

Sur cette triste ambiance et cette réflexion meurtrière pour l’amour propre du disciple de Iop, le duo se remit en chemin, en silence.

Certains éléments échappaient à Bek’, comme le fait de ne jamais utiliser à des fins personnelles ce que les soigneurs appellent les larmes d’Eniripsa, mais aussi à Ahiâm, comme le fait que ce qu’il pouvait ressentir n’était que le reflet de ce que ressentait sa jumelle. Le lien qu’il existait entre eux n’était pas divin, non, mais pas pour autant moins réel. Ainsi, les larmes d’Eniripsa dispersées dans le corps tout entier d’Ahiâm eurent également un effet sur Eloah. Les souffrances qu’endurait cette dernière furent alors apaisées. Ce ne fut, cependant, pas à son bénéfice, car devant son inexplicable endurance face à ce qu’on lui infligeait — bien qu’il s’agisse d’une disciple de Sacrieur — son bourreau redoubla d’effort et multiplia les techniques afin de faire parler sa prisonnière. Ferora ne put alors qu’entendre, encore plus longtemps, les appels déchirants de sa sœur de cœur.


Par Eloah

La douleur était trop forte, Ferora ressentait toutes les souffrances de la disciple de Sacrieur à travers ses cris devenus presque inhumains, la disciple de Féca n’était même plus en mesure de pleurer ou quoi que ce soit d’autre afin d’évacuer sa peine. Lorsque soudain, les cris diminuèrent pour devenir inaudibles quelques minutes plus tard. Bientôt, les bruits de pas maintenant familier se firent entendre dans le couloir. La porte s’ouvrit à la volée et Ferora eu le temps de voir qu’une femme s’y tenait en tirant derrière elle ce qu’elle prit pour un sac à patates. La femme balança le ’sac’ dans la cellule comme s’il ne pesait rien puis, sans un regard pour la prisonnière, s’en retourna en refermant la porte.

Toujours couchée sur le sol, la jeune femme eu de grandes difficultés à s’approcher du ’sac’. Peut-être aurait-elle dû s’abstenir, car le spectacle qui s’offrait semblait tout droit sorti de ses pires cauchemars. Ce qu’elle avait pris pour un sac était un drap grossier entourant son amie Eloah. Celle-ci n’était plus qu’une plaie béante, tout son corps était entièrement recouvert de sang, séché ou non, qui constituait son seul vêtement, seul son visage semblait relativement épargné. Il lui manquait également les ongles des pieds, la plupart de ses doigts formaient des angles bizarres et non naturels, elle était parcourue de tremblements si intenses que c’était comme si du sel se répandait sur ses blessures… Comment pouvait-elle être encore en vie ? Ferora n’en revenait pas.

Heureusement, la disciple de Sacrieur était évanouie. Hélas, ne pouvant rien faire pour l’aider, son amie ne pu retenir ses cris, ses cris de désespoir et de culpabilité de ne pouvoir l’aider. Elle ne pouvait même pas, ne serait-ce que laver son corps… Tout à coup, les yeux de la suppliciée s’ouvrir tout grand et une douleur insondable se déversa comme l’eau à travers un barrage rompue. Les Larmes d’Eniripsa avait finit de faire effet, toutes les souffrances qu’elles avaient endiguées se déversaient tel un raz de marée. Ce fut plus que ce que la disciple de Féca ne pouvait supporter, et dans sa détresse, elle oublia sa condamnation et appela de toute ses forces :

— Mamora ! Mamora !
— Je t’écoute, disciple Ferora, répondit une voix puissante comme venant de son inconscient.
— Déesse, je vous en supplie, il faut sauver mon amie… Aidez-moi.
— Je ne puis te rendre tes pouvoirs de Ryukana, point tu n’es prête.
— Déesse, c’est ma meilleure amie, je l’aime comme une sœur, je ne peux pas la laisser souffrir comme ça… Non, je ne peux pas…
— Il n’appartient qu’à toi d’apprendre cette leçon que point tu n’aurais dû oublier.
— Mais, Déesse, c’est mon devoir de la protéger, de protéger mon amie. C’est bien ce que vous nous avez appris…
— Certes, il est du devoir de mes disciples de protéger autrui. Seulement, nombre d’entre vous avez oublié une chose essentielle, état qui ne doit en aucun cas être celui des ryukane.
— Quelle est cette chose qui soit plus importante que la vie de mon amie, Déesse ?
— Une leçon que tu payes très cher, une leçon qui fait la différence entre les simples disciples et les ryukane.
— Alors, aidez-moi à maîtriser ma magie de simple disciple que je puisse au moins l’aider à supporter ses tortures.
— Je ne le puis. Tu t’es toujours reposée sur ta magie de Ryukana. Ainsi, même ta magie de simple disciple en ai imprégnée, l’une ne va pas sans l’autre. Je suis désolée, c’est une de mes erreurs commises dans ton éducation. Toutefois, tu n’es pas la plus puissante de mes Ryukane du passé par ma seule volonté. Tu réussiras à comprendre mes paroles avant la mort de ton amie.
— Sa mort ?! Déesse ? Mamora !

Seul le silence lui répondit.


Par Ferora

La nature d’Ahiâm avait décuplé les pouvoirs des Larmes d’Eniripsa, ainsi, il ne ressentait pas la douleur de sa soeur, pour le moment. Tandis que le corps d’Eloah était torturé, c’était l’esprit de son frère qui l’était également. De nombreuses questions affluaient dans sa tête, et la fatigue autant physique que mentale s’accumulait. Il rompit le silence et dégela, un peu, la situation entre lui et Bek’ en lui faisant part de ses interrogations personnelles.

— Tu n’es pas du coin, Bek’, c’est bien ça ?
— Non, répondit-il simplement, encore vexé.
— Moi, j’ai vécu à Orchomène quelques temps, donc près de cette forêt. Et bien que mes activités étaient concentrées à l’intérieur de la ville, j’entendais des choses à son sujet, quelques mythes et autres histoires de comptoirs. Mais jamais pourtant, jamais je n’ai entendu parler d’un tel silence, de l’absence totale de créatures, au contraire. On racontait plutôt qu’il y vivait des monstres de l’époque des Douzes, genre Abrakne Sombre et compagnie.
— Ah ! Je vois ce que c’est une abrakne sombre, j’ai lu un livre dessus !
— Un livre, ah oui ? s’étonna Ahiâm de voir que le disciple de Iop savait lire.
— Oui, enfin avec des images là. Il y avait un héros, un Iop, et…
— Oui, oui… je vois bien, le coupa le disciple d’Eniripsa qui n’avait cure que d’entendre le récit d’une histoire d’héroïc fantasy du temps des Douzes. Donc, je disais, en plus, mon tuteur connaît un petit vieux, un disciple d’Enutrof, qui lui amène un gros panier de champignons chaque saison. Champignons qu’il ramasse dans cette forêt et, d’après ce qu’il disait : « J’en connais tous les coins et r’coins d’cette bonne vieille boisée, et mon gars’, crois-moi ben, y’a qu’au coeur d’la forêt qu’les champipis y sont aussi goûtus ! » Et il allait et venait plusieurs fois chaque jour de la ville à la forêt.
— Et ? Tu veux chercher des champignons ?
— Mais non, enfin Bek’ ! Cela fait déjà bientôt un jour complet que nous marchons dans cette forêt. Le vieux n’en avait pas pour longtemps pour se rendre au centre de la forêt et revenir. Et crois-moi, il marche moins vite que nous. Ce que je veux dire, c’est que ce lieu me paraît vraiment… enfin, je ne sais pas. Ce n’est pas « naturel ». Pas un seul oiseau, rien de rien. C’est comme si nous étions seuls !

— Tu as une idée précise ?
— Non. Je ne comprends pas. Lean est bien plus doué que moi pour comprendre la magie spatiale, mais il n’est pas là…
— Allez, ne t’inquiètes pas. Nous allons retrouver tout le monde et sortir de cette forêt maudite ! tenta de rassurer Bek’ en lui tapant sur l’épaule gauche.
— Je suis épuisé, cela ne te dérange pas de faire une pause ?
— Non. Je vais affûter mes lames. Prenons un peu de temps.
— Merci. Je vais en profiter pour concocter quelques potions. J’ai repéré là-bas un massif d’edenlymnes sauvages, c’est très efficace contre les maux de tête. Et je sens que je vais bientôt en avoir besoin…
— C’est génial, les plantes !
— Certaines, oui. Mais il faut faire très attention avec les plantes, certaines peuvent être mortelles.
— Vraiment ?
— Tout dépend de comment on les prépare. Rassures-toi, je suis expert en végétal, lança Ahiâm avec un clin d’œil.

Bek’ affûtait ses lames, Ahiâm avait cueillit un petit bouquet de fleurs et écrasait les feuilles dans son mortier afin d’en extraire la substance active. Tout en s’exécutant, il expliquait à Bek’ chaque étape de sa « cuisine ». Finalement, il lui expliqua que le « jus » des feuilles extrait, il pouvait le mélanger à une substance « matrice » qu’il portait sur lui, permettant de finaliser la potion. Une réaction chimique devait avoir lieu, induisant une coloration orangée au mélange. Aucun virement de couleur ne s’établit, à la grande surprise d’Ahiâm.

— Ta potion doit être moisie, signala Bek’.
— Impossible, elle est fraîche. Je l’ai faite lors de ma dernière visite au temple à Orchomène, et ce type de potion se conserve au moins un an.
— Bah… Tu t’es pas planté de plantes ? lança Bek’ en essayant de faire de l’humour.
— Non, répondit Ahiâm les yeux plongés dans son mortier.
— Bah t’inquiètes pas, on retrouvera des meilleures plantes plus loin.
— Ce n’est pas le problème, Bek’… Je crois que…
— Quoi ?
— Ça paraît dingue, mais…
— Mais quoi ?!
— Ces plantes ne sont pas réelles.
— Ah ! Ah ! Ah !
— …
— Quoi ? Comment ça pas réelles ? On les voit bien, non ?
— Je sais. Mais, je suis sûr de moi, et si les edenlymnes ne contiennent pas cette substance, elles ne pourraient pas vivre. Bek’, soit nous sommes inconscients et perdus dans un rêve maléfique, soit nous sommes entourés d’illusions.
— Tu veux dire que là, je dors ?
— Je sais, ça paraît fou. Dans tout les cas, pour nous maintenir endormis et dans un tel rêve, ou pour créer une illusion si grande, bien qu’imparfaite : il a oublié les animaux, celui qui nous fait ça doit être très puissant…
— Je doute que sa mâchoire résiste à mon épée affutée, hé hé hé.
— Remettons-nous en route, il faut retrouver les autres… Si c’est possible.

Pas très loin de là, une disciple de Sadida flânait d’arbre en arbre, avec toujours ce même constat la rendant affreusement triste, aucun signe de vie de leur part. En effet, les disciple de Sadida ne sont pas également désignés comme disciples de la Nature simplement à cause de leurs tenues vestimentaires ou de l’herbe dans leurs cheveux, non, ils sont réellement capables de communiquer avec la Nature, arbres compris. Noïga ne comprenait pas comment tous ces arbres qui paraissaient morts, dont l’esprit était absent, pouvaient encore se tenir aussi majestueusement, sans le moindre signe de dépérissement.


Par Eloah

Elle ne savait pas combien de temps avait duré la conversation avec sa Déesse, mais son amie semblait plus reposée, moins souffrir. Soudain, les derniers mots de Féca revinrent comme un coup de poignard et Ferora fut paniqué qu’ils ne se soient déjà réalisés. Elle allait une nouvelle fois perdre son sang-froid lorsqu’elle s’aperçut que les respirations de la disciple de Sacrieur étaient si faibles qu’elles en étaient à peine perceptibles. Loin de la rassurer, elle fut tout de même soulagé que la vie n’ai pas complètement abandonné son corps. Elles espérait que Sacrieur veillait sur sa disciple, mais devant les blessures d’Eloah, elle n’arrivait pas à s’en convaincre…

Pendant ce temps, Noïga était retournée auprès de Darinao à la suite de son inspection. Ses conclusions n’étaient pas rassurantes, aussi ne voulant pas inquiéter davantage la jeune fille, elle arriva le sourire aux lèvres. Ayant trouvé un buisson de mûres, elle pu momentanément rassurer la disciple de Xélor. Hélas ! A peine en eurent-elles mangé qu’elles les recrachèrent aussitôt. Ces mûres n’avaient aucun goût, aucune substance même. En fait, c’était comme si elles n’existaient pas. Noïga ne fut pas très surprise, cependant Darinao prise au dépourvu commença à imaginer les pires choses. La disciple de Sadida n’eut donc pas le choix, elle présenta ses déductions à sa campagne. Elle expliqua ainsi que leur environnement n’avait aucune vie, que les arbres étaient aussi hermétiques à ses appels qu’une pierre de craqueleur ancestral, et que les animaux n’existaient pas dans cette forêt. Ils n’étaient pas simplement partis à cause d’un danger. Non, Noïga n’avait trouvé absolument aucune trace de vie que ce soit de la flore ou de la faune. Elle finit donc par expliquer qu’elle pensait qu’elles se trouvaient dans une sorte de bulle d’espace où on avait créé cette forêt d’illusions. Tout ce qui les entourait n’était pas réel. Il ne restait qu’à savoir si les autres se trouvaient dans cette bulle, ou dans une autre…

Bek’ et Ahiâm étaient justement en train de se poser cette question, enfin surtout Ahiâm. Cela faisait de longues heures maintenant qu’ils avançaient droit devant eux et ils n’avaient toujours pas retrouvé les autres, ni atteint les limites de la bulle. C’est ce dernier point qui chiffonnait grandement le disciple d’Eniripsa. En effet, Lean et lui parlait régulièrement de leur magie respective et celui-ci lui avait toujours dit que pour créer un espace dimensionnel, même petit, il fallait une très grande force magique peu éloignée de celle d’un Dofus. Alors créé une bulle de cette taille lui semblait aussi aberrant qu’un Iop intelligent ou une Sadida pudique. Il vint à se demander si leur mystérieux agresseur n’avait pas plutôt créé plusieurs bulles à génération aléatoire d’illusion. Cela expliquerait l’absence des autres alors que Bek’ l’avait retrouvé très vite, et cela expliquerait aussi qu’ils n’aient pas atteint les limites de la bulle car on peut le faire. C’est-à-dire que depuis tout à l’heure ils n’auraient pas réellement avancé mais plutôt que c’est la forêt qui donnerait l’impression de mouvement. Cela lui faisait très peur puisque cela voulait dire qu’ils n’avaient aucune chance de retrouver les autres, pas même sa sœur.

Sur une terrasse, trois fontaines distribuaient leur douce musique tandis que des roses démoniaques montaient la garde. Le dallage n’avaient rien à envier aux plus belles cités, ni le mobilier aux plus belles maisonnées. Pourtant, la femme présente avait l’air de s’en moquer, elles étaient occupés à regarder les bassins des fontaines appuyées sur leur rebord, le regard plein de colère. Sa journée n’avait été qu’une perte de temps, cette satanée sacrieur n’avait même pas prononcé un mot. Certes, il y avait eu le plaisir d’infliger de la souffrance à autrui, mais le temps lui manquait. La prochaine réunion avec ses sœurs approchaient, elle devrait bientôt partir. Or, elle voulait des réponses avant cela. C’est pourquoi elle regardait dans les deux premiers bassins les deux bulles qu’elles avaient créé, quatre lui en aurait trop coûter. Elle observait ses prisonniers pour déterminer lequel parlerait, où lequel ferait parler leur chef, cette pleurnicheuse de féca. C’était à se demander pourquoi c’était elle le chef, la sacrieur semblait mieux indiquer, pourtant tout à l’heure elle avait semblé disparaître après avoir crié une chose qu’elle n’avait pas comprise. Néanmoins, comme elle était réapparue, la femme s’était dit qu’elle avait mal vu avec le peu de lumière qu’ajoutait son produit de vision. Les disciple d’Iop et de Sadida ne semblaient pas faire partie du groupe depuis longtemps, restait donc ceux d’Eniripsa et de Xélor, le jeune homme ou la fillette… Lequel était le meilleur choix ? Elle ne pouvait se permettre de se tromper car son intrusion dans l’une des bulles l’amènerait à s’exposer mais surtout pourrait permettre à ses prisonniers de se rejoindre ou, au pire, de se libérer…


Par Ferora
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Le monde dans lequel évolue les personnages n’est pas de notre création, seules leurs aventures propres le sont.
© Ferora La Feu, © Eloah Sacriange, © Unician  et © Gyloise ; © Dofus, © Wakfu, © Ankama
Icônes de Crystal Clear par Everaldo Coelho, sous LGPL

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