Ferora Les aventures d’Eloah et Ferora Eloah
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Ses sens en éveil, Noïga avançait pas à pas dans cette forêt sans vie. La petite Darinao commençait à fatiguer et suivait péniblement les traces de la disciple de Sadida. Un bruit sourd et inattendu survint derrière Noïga. Surprise, cette dernière se retourna habillement tout en faisant tournoyer son bâton qu’elle plaça devant elle, en position défensive. Personne n’affronta son regard, pas même Darinao, qui avait disparue. Noïga s’avança d’un pas.

— J’suis là ! s’écria une petite voix, me marche pas sur la main !
— Dari ! Tu m’a flanqué une de ces frousses !
— J’ai chuté à cause de ce maudit caillou !
— Je t’avais bien dit de rester dans le chemin que je dégageais, lui rappela Noïga sur le ton de la réprimande.
— Mais, c’est ce que je fais ! Je crois que je me suis fais mal, pleurnicha-t-elle en se relevant péniblement.
— Fais-moi voir ça, demanda Noïga d’un ton plus doux.

Mais ce n’est pas l’insignifiante écorchure de Darinao qui attira l’œil de Noïga quand elle se pencha, ce fût le « caillou » en question. Ce n’en était pas un, d’ailleurs. Et ça ne ressemblait ni de près, ni de loin, à une formation rocheuse. L’intérêt de Noïga fut totalement détourné de Darinao au profit de cette chose qui sortait de terre. La sadida en était sûre, cette chose n’était pas sur son chemin quand elle passa, mais il était indéniable qu’elle était bien là, elle était donc apparue après son passage mais avant celui de Darinao, qui suivait le même chemin. Noïga sut alors que Darinao était une petite fille obéissante. Mais elle ne parvenait pas à expliquer cette apparition. Les deux filles se mirent alors à examiner l’objet. Darinao le décrivait comme « une croix qui sortait du sol ». La croix était brillante, sculptée. Les deux mains de Noïga s’agrippèrent à la croix et tentèrent de l’extraire du sol, sous les encouragements de Darinao.

— Ce doit être enfoncé profondément, elle bouge à peine ! souffla Noïga pendant l’effort.
— Continue ! Je vois que ça commence à sortir ! l’encouragea Darinao.
— J’y suis presque… dit Noïga le visage écarlate.
— Noïga ! cria Darinao les yeux écarquillés et la mine déconfite.

Mais Noïga n’eut pas le temps de demander de quoi il s’agissait, ni de se retourner pour suivre le regard terrorisé de Darinao. Un coup sournois lui fut infligé dans le dos l’envoyant rouler à terre. Mais la disciple de Sadida ne tomba pas inconsciente et se releva aussitôt. Elle vit alors la pointe d’une aiguille enflammé fondre sur elle. Jeune femme alerte, elle bondit et se saisit de son bâton posé au sol dix mètres plus loin et, dans un mouvement parfait de guerrière confirmée, elle le brandit en avant tout en se relevant. L’aiguille vint se planter dans l’extrémité de son bâton, arrêtant ainsi sa course-poursuite. L’aiguille implosa, noircissant une région du bâton, mais sans causer plus de dommages à Noïga. Cette dernière scruta les alentours, elle ne vit personne mais se rendit compte que dans l’élan de sa chute, elle avait arraché à la terre l’objet précédamment découvert. Il s’agissait d’une longue et robuste épée. Elle fit quelques pas de côté et s’en saisit. Noïga était une solide disciple de Sadida, guerrière ambidextre. Les épées n’étaient pas ses armes favorites, mais elle n’avait que ça sous la main, et il valait mieux que ce soit elle qui s’en saisisse plutôt que ce lâche disciple de Xélor qui attaquait de dos. Maintenant, elle en était sûre, le responsable de cette situation était un adorateur du Dieu du temps et de l’espace. Noïga attendit, s’attendant à une nouvelle offensive, à un cri de Darinao, mais rien de tout cela ne se manifesta. Seulement le vent vint caresser les joues de Noïga. Le vent ? Rapidement, après ce coup de vent, Noïga sentit tout son environnement chamboulé. Le cœur des arbres semblait de nouveau se manifester. Puis, un campagnol fila à toute allure entre les pieds de Noïga. Ensuite, elle entendit un chant d’oiseau, et les bruits et odeurs habituels d’une forêt envahirent ses sens. La disciple de la Nature s’enivra un instant du plaisir de ce retour à la réalité. Mais sa mémoire lui rappela l’enlèvement de Darinao, ce qui lui remit les pieds sur terre aussitôt. Elle se mit alors en quête des autres, hurlant à plein poumons dans cette forêt à nouveau vivante.

Ferora, elle, ne hurlait pas. Elle se concentrait sur les bruits qu’elle venait d’entendre. Ils étaitent, au départ, quasiment imperceptibles. Puis, ils s’étaient rapprochés petit à petit, jusqu’à devenir presque clairs. La disciple de Féca comprit qu’il s’agissait d’une réprimande, la personne semblait très contrariée, son interlocuteur ne disait mots. Ferora cru comprendre quelques phrases avant d’entendre claquer une porte et de ne plus rien entendre.

« Sale petite peste ! J’ignore comment tu as fait, mais crois-moi, tu vas me le payer ! Me briser mes bulles… Je vais y prendre un malin plaisir à te faire souffrir ! Garce ! »


Par Eloah

« Tiens ! Regardes donc tes deux précieuses amies, persifla la sœur, regardes comme elles sont faibles, impuissantes, à ma merci. »

La femme lui montrait ainsi la fontaine d’où elle observait Eloah et Ferora quelques instants plus tôt. Darinao fut horrifiée par l’état lamentable de la disciple de Sacrieur, elle l’avait crû invincible. Toutefois, si la situation d’Eloah lui paru incroyable, elle fut encore plus stupéfaite et choquée par celle de son amie Ferora. On aurait dit que la personne que lui avait décrite sa grande sœur n’avait jamais existé. Pourtant, malgré ces visions, elle ne voulait pas perdre espoir, ne voulait pas donner ce qu’elle voulait à cette femme. Mais, comment lui résister ? C’est à ce moment que la disciple de Xélor jugea que la présentation était suffisante. Elle emmena alors sa prisonnière dans un autre couloir avec une autre cellule. Elle voulait laisser le temps à la jeune fille d’imaginer ce qu’elle allait lui faire, laisser le temps à la peur de remonter, laisser le temps à l’espoir de disparaître. La torture n’en serait que plus terrible et jouissive.

Seulement, un des membres du groupe avait retrouvé sa liberté de mouvement, il fallait retrouver cette disciple de Sadida, mais aussi cette étrange épée qui dégageait une quantité gigantesque de wakfu. Epée qui agirait comme un phare pour ses aiguilles chercheuses. Elle retourna donc auprès des fontaines et invoqua une nouvelle « caméra » magique pour suivre ses aiguilles. Puis, elle lança celles-ci à la recherche de Noïga. Cette dernière cherchait toujours la jeune fille, ou des indices lui permettant de retrouver Bek’. Au fur et à mesure, elle reprit ses esprits et pu suffisamment se concentrer pour « discuter » avec la forêt. C’est ainsi qu’elle apprit que les animaux évitaient soigneusement une zone particulière de celle-ci. En effet, selon eux, il y avait là-bas une immense boule qui faisait aussi mal qu’une glyphe enflammée lorsqu’ils s’en approchaient. En plus, les arbres à l’intérieur ne répondaient pas à leurs appels. La jeune femme comprit alors de quoi il s’agissait et se mit immédiatement en route. Elle allait pouvoir délivrer ses prisonniers, et, Bek’ et Ahiâm pourront ensuite l’aider à retrouver Darinao.

Dari justement, libre de ses mouvements, faisait connaissance avec sa cellule. Très semblable à celle d’Elo et Fero, celle-ci était par contre bien plus petite. D’ailleurs, c’est ce qui lui permit de rapidement découvrir qu’elle n’était pas seule dans la pièce. D’abord apeurée qu’elle soit là pour lui faire mal, sa résolution lui permit de reprendre le dessus. Dés lors, elle pu s’approcher de la personne inconnue. Elle signala sa présence par du bruit et des paroles mais aucune réponse ne vint. Etonnée, elle tenta de l’examiner. Ne trouvant pas la tête, elle fut momentanément prise de panique. Cependant, comme un mort ne pouvait respirer, cette activité attestait que la personne était bien vivante. Ainsi, en examinant de plus près, elle comprit que la personne était recroquevillée sur elle-même. Ne sachant pas ce qu’elle pouvait faire, elle décida qu’il valait mieux patienter jusqu’à son réveil. Si elle se réveillait.

Dans le même temps, c’était la disciple de Sacrieur qui s’éveillait, et ses blessures avec elle. Sa compagne de cellule, Ferora, sentit le mouvement de sa sœur de cœur et voulut, encore une fois, s’approcher pour la soutenir, en vain.

— J’ai vu ma Déesse, déclara-t-elle.
— Hé ! Hé ! Tu vois, tout espoir n’était pas perdu. Quand sortons-nous ? demanda Elo certaine que son amie avait recouvré ses pouvoirs.
— Je ne sais pas…
— Comment ça ? Je ne comprends pas, rétorqua-t-elle perplexe.
— Elle ne m’a pas redonné mes pouvoirs. Je ne suis toujours qu’une simple mortelle, même pas fichu d’invoquer une flammèche ! Je suis désolée… C’est ma faute… Ma faute…
— Rhâ ! Ce n’est pas avec cette attitude que nous nous en sortirons. Je t’ai connu plus combative ! Depuis que nous sommes revenus du monde des morts, tu es aussi éteinte que les esprits que nous y avons croisé. Tu semblais aller mieux ces derniers jours, mais c’était pour mieux nous cacher ton indolence ! Mais, bon sang ! Si tu veux récupérer tes pouvoirs, bouges-toi ! Il faut te battre, redevenir la Ferora que je connais depuis toujours. Tu dois laisser tes regrets derrière toi et rallumer ta flamme. Tu es Ferora, maîtresse du feu, ancienne meneuse des Compagnons, amie de Milhooz, Devia, Gyloise, LordSteven, Aridi et tant d’autres, et Ryukana de Féca, Déesse de la Protection et des bergers… Tu es cette femme, oui ou non ?
— Je… Je ne sais pas. Je ne sais plus… ne pu que répondre celle-ci complètement stupéfaite par la diatribe de son amie qu’elle n’avait jamais vu comme cela.

Après ce réquisitoire en bonne et due forme, les deux jeunes femmes ne dirent plus un mot. L’une réfléchissait à ces paroles, l’autre tentait de trouver une position plus confortable. Néanmoins, son corps n’étant qu’une large blessure, le moindre de ses gestes était plus douloureux que le précédent. Enfin, elle réussit à trouver une bosse sur le sol qui lui permit de garder ses jambes au-dessus de celui-ci, le dos lui aussi écarté du mur rocheux au maximum. C’est alors qu’elle finissait de s’installer qu’elle découvrit d’étranges rayures dans le mur au niveau de ses mains. Curieuse, malgré sa douleur, elle les examina, toujours avec ses mains. Ces « rayures » ne semblaient pas naturelles, mais plutôt tracer par une personne. Soudain, elle comprit ! Un autre prisonnier avait voulu laisser un message. A qui ? Elle ne le savait pas car cette écriture lui était inconnue, peut-être que l’alphabet avait davantage évolué que les paroles pendant ces milles ans… Sans pouvoir déchiffrer le texte, elle faillit décider de l’oublier, puis elle se ravisa en se disant qu’il contenait peut-être des informations pour s’évader. Elle fit donc son possible pour apprendre par cœur les signes qu’elle sentait sous ses mains dans l’espoir hypothétique qu’elle trouverait un moyen de les lire.

Pendant ce temps, les aiguilles chercheuses se rapprochaient dangereusement de Noïga…


Par Ferora

Comme portée par le vent, Noïga ne mit pas de temps à atteindre les environs du mystérieux endroit qui terrifiait la nature. La sphère de pouvoir regorgeait de malveillance, toute flore dans un rayon de un mètre semblait dépérir. Mais ce qui fascina le plus la disciple de la nature, c’est que la sphère n’était pas si grande que cela. Elle en fit le tour, bien qu’en gardant une bonne distance de sécurité, en un petit quart d’heure. Elle n’y vit aucune « porte » ou autre espace qui aurait permis de s’y faufiler, et cela ne l’étonnait pas. Elle devait agir vite, et si possible, ne pas se faire trop remarquer. Chacune de ses actions devaient donc être mûrement réfléchie, mais dans une certaine limite de temps, ce qui compliquait les choses. Noïga s’assit en tailleur à quelques mètres de la sphère et se remémora les derniers évènements, Darinao, l’épée mystérieusement sortit du sol, le disciple de Xélor… Finalement, elle décida de faire un examen minutieux de l’épée.

Sur la lame, à la fois fine et robuste, étaient gravées des inscriptions dont elle ne saisissait pas le sens. En inclinant cette dernière aux rayons de soleil couchant, elle dévoila de magnifiques reflets bleutés. Le manche associé à cette superbe lame n’était pas en reste. Il avait été conçu pour un individu à fortes mains, et la façon dont avait été sculptée la prise laissait penser que l’on pouvait aussi bien saisir l’épée de la main droite ou gauche. Cette arme était le résultat d’un travail de longue haleine, sûrment réalisé par un orfèvre-forgeron, si toutefois la profession existait, ou avait existé par le passé. Noïga laissa ses yeux dérivés quelques secondes encore sur cet objet unique avant d’être brutalement secouée par un souvenir. C’était pourtant évident depuis le départ. Cette épée… la raison même pour laquelle elle était venue dans cette forêt, précisémment, avec son compagnon Bekaröe. Quel joie Bek’ se ferait-il quand elle lui tendrait ce précieux présent. Au même moment une idée vint à Noïga. Elle ne connaissait pas la magie des xélors, mais elle devait tenter quelque chose.

Alors, ravie de pouvoir de nouveau communiquer avec Dame Nature et remplie d’énergie, elle commença par faire sortir de terre quelques lianes géantes. Ces végétaux prirent naissance à un peu plus d’un mètre de la spère et s’élevèrent au dessus d’elle. Puis, elles se réunirent et s’entrelacèrent au dessus de la sphère. Voyant que le pouvoir maléfique ne réagissait d’aucune manière, Noïga répéta l’opération jusqu’a recouvrir totalement la spère de ces épaisses lianes. Une enveloppe végétale couvrait donc la sphère, occultée des rayons lumineux. Cette première étape achévée, Noïga s’écarta un peu, et considéra son œuvre. Tout cela était bien joli, mais, était-ce utile ? Elle décida de ne rien faire de plus, pour le moment, afin de voir si quelque chose allait se déclencher.

Dans le même temps, Ahiâm et Bek’ furent plongés dans une obscurité totale. Jusqu’a présent, leur « prison » forestière semblait respecter une seule chose, le cycle de la lumière.

— C’est mauvais ou c’est bon pour nous, selon toi ? questionna Bek’ très nerveux.
— Rien ne sera bon pour nous tant qu’on ne sera pas sorti d’ici. Et puis, si tu pouvais éviter de me presser le dos avec la pointe de ton épée, ce serait vraiment meilleur pour moi, en tout cas.
— Désolé, mais avec ce noir, j’y vois rien.
— Moi non plus, alors évitons déjà de nous entre-tuer ! Ecoutons… murmura Ahiâm.

Mais le bruit de l’autre côté de la sphère, à peine à 50 mètres d’eux, ne leur parvint pas. Noïga livrait un nouveau combat contre des aiguilles chercheuses. Pour la guerrière, il était impossible de se reposer un instant, rien de moins que six aiguilles la harcelaient. Un pas de côté pour esquiver une attaque, aussitôt se jeter à terre pour éviter la seconde, rouler, sauter, s’accroupir… telles étaient les figures décrites inlassablement par la cible pour rester en vie. Aucun moment ne s’offrant à elle pour détruire l’une de ces agresseuses, Noïga commençait à fatiguer. Guerrière expérimentée, elle savait que ce manège ne pourrait durer encore trop longtemps, et Darinao comptait sur elle. En tout cas, Noïga se sentait responsable de la petite. La guerrière sadida bondit sur un tronc couché et fit tournoyer son bâton fétiche autour d’elle à une vitesse phénoménale. Elle allait si vite qu’elle ne distinguait plus nettement son environnement. Toutefois, elle sentit à plusieurs reprises des impacts sur son arme, manquant de la faire chuter. Mais la guerrière tint bon et ne s’arrêta qu’une fois épuisée. C’était un acte de défense désespéré, mais c’était mieux que de continuer ce jeu d’esquive qui, de toute façon, aurait fini par l’épuiser, les aiguilles n’étant pas soumises à la fatigue. Noïga haletait, son cœur battait la chamade et ses bras tremblotaient d’épuisement, elle stoppa net son mouvement. Elle regarda autour d’elle et commença par voir une auréole noirâtre sur le tronc d’un énorme boulot, puis, une autre trace sur un If centenaire, une troisième… Et puis, elle vit son enveloppe de lianes en feu. A ce moment, deux questions torturèrent l’esprit de Noïga. Les trois aiguilles manquantes ont-elles toutes les trois été se planter dans l’enveloppe de lianes ? Et, le fait que son enveloppe soit en feu n’était-il pas dangereux pour ses amis prisonniers dans la bulle ? Mais la réflexion ne dura qu’un laps de temps, une aiguille apparut à un tournant de l’enveloppe en feu et fonça sur Noïga. Mobilisant ses dernières forces, elle fonça également à la rencontre de l’aiguille, prit appuis de ses deux pieds joints sur le sol et bondit dans les airs, son bâton en main. D’un geste parfait, de ceux qui identifient tout de suite le haut niveau d’un guerrier, Noïga détruisit l’aiguille et s’écroula au sol. Sa main droite meurtrie, elle lâcha son bâton. Tout en tentant de reprendre son souffle décidément mit à rude épreuve, Noïga recompta les aiguilles dans sa tête. Une sur le boulot, deux sur l’If, … 5 ! Trop tard. La sixième venait d’embrocher Noïga, qui, épuisée, sombra dans les ténèbres.

Il aurait été possible que deux aiguilles se soient retrouvées plantées dans l’enveloppe de liane, mais une seule avait suffit à l’embraser. Et tandis que Noïga comptait les impacts autour d’elle, deux aiguilles envoyées très loin par le bâton tournoyant de la guerrière s’étaient retrouvées « derrière » la sphère. L’une d’elle avait ensuite été brisée par la guerrière alors que la seconde contournait la sphère de l’autre côté pour aller finalement se planter dans sa chair. Ce jour là, ce ne fut pas du côté de Noïga que la chance se trouva…

La sphère de la disciple de Xélor emprisonnant Ahiâm et Bek’ avait été conçue pour cacher à leurs yeux tout évènement extérieur, hormis le cycle de la lumière, qui demandait trop d’énergie à son lanceur. Et puis, cela rajoutait au réel du monde créé et ne coûtait rien. Sauf que, la sœur n’avait pas prévu un incendie englobant spécialement sa sphère. Les lianes de Noîga étant très épaisses, le brasier dura un moment et coûta beaucoup d’énergie à la sphère. Au bout de plusieurs minutes, des odeurs de brûlé arrivèrent aux narines des deux garçons. Puis, progressivement, l’obscurité fut remplacée par un véritable « couvercle » rougeoyant.

— Ca sent le roussi, grommela Bek’.
— C’est le cas de le dire ! Je me demande si Ferora serait capable de ça…
— De quoi tu parles ?
— Et bien, selon moi, soit notre ennemi veut nous faire cuire, soit, quelque chose a échappé à son contrôle.
— Hum ?
— Je pense plutôt pour la seconde option, sinon le feu progresserait vers nous et nous sentirions la chaleur.
— Ben moi je commence à la sentir !
— Tu as raison, il fait de plus en plus chaud ! Il faut partir !
— Courons ! Droit devant !


Par Eloah

— Je ne sais pas… Je ne sais plus ! Je vous en supplie ! Aidez mon amie… Je ne supporte plus de la voir souffrir ainsi. Je n’en peux plus…
— Alors, tu sais ce qu’il te reste à faire, lui répondit une voix profonde à l’intérieur de son esprit.
— Fé… Déesse Féca ! s’exclama la disciple qui ouvrit soudainement les yeux pour se retrouver en un endroit impossible où les nuages étaient aussi solides que le sol et où le ciel était soutenu par des colonnes de ronces, flammes, pierres, kamas, eau, épées…
— Je suis là, j’ai toujours été là. Seulement, il est des leçons pour lesquelles je ne peux intervenir. C’est à toi d’en comprendre et assimiler les enseignements. Cela est d’autant plus vrai que tu jouis d’un statut particulier.
— Mamora… ne pu que répondre la jeune femme avant de fondre en larmes. Je n’y arrive pas. Je n’y arrive pas ! J’ai beau retourner les évènements depuis le monde des morts dans tout les sens, je n’y arrive pas…

Pendant ce temps, Bek’ et Ahiâm courraient. Ils courraient de toutes leurs forces pour tenter d’échapper aux flammes qui les enveloppaient entièrement. Malheureusement, la bulle ne semblait pas encore assez affaiblit pour les laisser s’enfuir. Pourtant, ils sentaient la vie envahir de plus en plus cet espace coupé de l’Univers depuis des heures et des heures. Ils courraient mais ils ne pouvaient s’éloigner des flammes, elles étaient partout.

Au même moment, la femme qui avait enlevé Darinao était venue la chercher dans sa cellule. Les évènements se précipitant, il fallait à tout prix qu’elle obtienne ses informations. Elle se dirigeait donc vers la cellule de sa précédente victime et de son amie pleurnicheuse. En ouvrant la porte, elle ne fut pas surprise de voir que la disciple de Féca était prostrée sur elle-même, la tête dans ses genoux, sans doute en train de chialer. En revanche, elle fut stupéfaite de voir que la disciple de Sacrieur avait eu la force de se redresser, et même de s’asseoir. Qu’à cela ne tienne, elle n’avait plus le temps. Alors, elle rentra dans la cellule en tirant sa nouvelle prisonnière pour bien la leur montrer. Eloah fut horrifiée de reconnaître leur jeune amie, mais Ferora ne sembla pas réagir. La disciple de Xélor ne s’en aperçu pas et déclama ses menaces ainsi que ses exigences. La disciple de Sacrieur fut incapable de répondre à toutes ces questions, elle n’en avait plus la force. Quant à Fero, la disciple de Xélor prenant son silence pour de la provocation, elle repartit aussitôt, emmenant sa prochaine victime avec elle.

— Si tu ne veux pas qu’une autre de tes amies souffre, tu vas devoir trouver la solution rapidement.
— Quoi… Comment ça ?
— Votre geôlière vint d’emmener une disciple à Xélor, elle est encore très jeune.
— Jeune ? Da… Dari ?! Elle a capturé Darinao ?! s’écria la disciple de Féca.
— Oui, il y a déjà quelques heures. Toutefois, elle ne l’avait pas encore torturé, la rassura vivement la Déesse.
— Dari… Ma petite Dari… Mais enfin, comment pouvez-vous permettre une telle chose ! Vous êtes la Déesse de la Protection ! Pourquoi ne la protégez-vous pas de telles horreurs ? Qu’importe qu’elle soit une disciple de Xélor ! C’est votre devoir de protéger !
— Je te reconnais bien là. Malheureusement, je n’ai pas ce pouvoir, et encore moins aujourd’hui. Comme je te l’ai déjà appris, chaque Dieu ou Déesse n’a de pouvoirs que sur ses propres disciples. C’est pour cela que nous avions créé les Ryukane, souviens-toi.
— Oui… Mais… Les Ryukane n’existent plus à votre époque… Moi-même, je ne le suis plus…
— En es-tu si sûre ?
— Mais ?! C’est vous-même qui m’avez puni pour avoir utiliser mes pouvoirs égoïstement. Uniquement pour aider mes amis, j’avais utilisé ce pouvoir… Uniquement pour mes amis…
— Quel est le premier devoir des Ryukane ?
— Servir les autres, jamais soi-même ou pour soi-même.
— C’est tout à fait exact. As-tu compris la leçon ?
— Je ne dois pas les aider parce que ce sont mes amis, mais parce qu’ils sont en difficulté et que je suis puis les en sortir. Je ne dois pas associer ami et ryuakna, mais plutôt victime.
— Je crois que tu as compris. Tâche de ne plus jamais l’oublier.

La Déesse se redressa alors et poussa un sifflement aussi puissant que mélodieux. Presque aussitôt, les Déesses des Soins et du Sacrifice apparurent. Féca les regarda dans les yeux puis désigna sa disciple. Les trois Déesses vinrent alors former un triangle autour de cette dernière et entonnèrent un chant : Le Chant des Ryukane. Jusque là agenouillée, l’ex-Ryukana se releva lentement au fur et à mesure que le chant gagnait en intensité. Ce chant lui rappelait tant de souvenirs, depuis le jour où elle l’avait entendu pour la première fois à sa sortie du temple jusqu’à ce funeste jour où elle avait tout perdu. Le monde des morts avait tué la Ryukana, la forêt la ressuscitait.

Darinao et sa geôlière allaient pénétrer dans la pièce où Eloah avait été torturée lorsqu’elles sentirent le sol, les murs, et le plafond vibrer comme si une énorme explosion venait de se produire. Soudainement inquiète, la femme partit en courant consulter ses fontaines magiques, oubliant sa prisonnière désormais libre. Celle-ci mit quelques temps à réaliser cet état de fait, puis sans demander son reste, Darinao se précipita à sa cellule pour tenter de libérer son deuxième prisonnier. Elle ne doutait pas que cet évènement avait un lien quelconque avec la disciple de Féca, elle devait donc s’occuper de lui plutôt que de les rejoindre où elle risquait de les gêner. Elle parvint à ouvrir la porte grâce aux nouveaux talents qu’elle avait appris de ses amis, anciennement disciples de Sram. Elle entra donc dans la cellule, munie d’une torche du couloir et tenta de réveiller la personne recroquevillée, sans succès. Elle approcha donc la torche du visage et poussa aussitôt un hurlement de frayeur. La personne était en fait morte depuis longtemps, il ne restait que son squelette. Elle devait d’ailleurs être morte dans d’atroces souffrances pour être ainsi positionnée. Darinao le comprit et la peur prit complètement le dessus. Elle s’enfuit à toutes jambes sans plus regarder où elle se dirigeait, la torche échappée de ses mains était restée à l’entrée de la cellule.


Par Ferora

— Damned ! Je n’en peux plus, il va vite falloir trouver une issue ou nous allons finir « à point », s’essoufla Bekaroë en stoppant sa course.

Un énorme phorreur éjecta la terre au même moment, aux pieds du iop. Sans doute du même avis que ce dernier, il avait décidé qu’il était temps, après tant d’années passées dans ce magnifique terrier, d’abandonner ces lieux devenus trop… chaleureux… L’animal se mit immédiatemment en fuite, donnant des idées au jeune soigneur-fée.

— Sacré bestiole ! s’exclama Bek’, admiratif des larges défenses du phorreur.
— Un cadeau d’Osamodas tu veux dire ! Suivons-le !
— Il me semble que ce sont des animaux plutôt craintifs, le suivre risque de lui faire croire que nous le pourchassons. Et je dois dire que, dans la situation actuelle, j’aime autant éviter d’affronter ce phorreur. Fuir des flammes avec une jambe en moins limiterai nos chances de survie, si tu vois ce que je veux dire. En plus, la viande phorrine est coriace !
— Je ne te parle pas de chasser, Bek’ ! Arrête de plaisanter de tout, tout le temps. On ne t’a jamais dit de suivre les animaux quand il y avait du danger ?
— Boh heu…
— Retiens-ça, au moins ! Mais je reste d’accord avec toi sur les points « agressivité » et « dangerosité » de ce creuse-terrier. On va donc garder une petite distance. De toute façon, il nous a complètemant ignoré quand il est sortit de terre, il ne doit pas se soucier de nous. Il n’a qu’une chose en tête, mon ami, c’est la fuite ! conclut Ahiâm en lançant la course-poursuite du phorreur.

Dans le même temps, la geôlière du trio féminin pestait devant ses fontaines. Découvrant ce qui se passait, elle avait tenté d’enrayer ce problème inflammable très fâcheux, en vain. Disciple ingénieuse et sournoise, elle avait tenté de retourner la situation en sa faveur. Finalement, l’idée de brûler vifs les pitoyables membres de ce piteux groupe ne lui déplaisait pas. Sauf que, elle avait perdu tout contrôle sur ces sphères et ne contrôlait absolument plus rien. Mais cela n’empêchait pas ces sphères de puiser toujours en elle, l’énergie magique dont elles avaient besoin pour exister. L’affreuse femme pensa alors à briser ces liens immatériels entre elle et ces créations déformant le temps et l’espace, mais cela risquait fortement de la briser elle-même, et il fallait qu’elle obtienne des informations au plus vite. Elle se trouvait coincée, impuissante, et cette situation la rendait folle furieuse. Cette foutue disciple de Sacrieur n’avait rien dit, et l’autre pleurnicharde se moquait de ses menaces. Il ne lui restait qu’une solution : torturer violemment la gamine directement dans la cellule des deux autres. Il fallait agir vite, ses pouvoirs diminuaient à cause de cet incendie incompréhensible, et elle allait bientôt devoir donner des nouvelles à ses sœurs aînées. Si aucune des trois idiotes ne parlait, elle les tuerait toutes et aviserait ensuite du récit à donner à ses sœurs. La disciple de Xélor se dirigea donc, déterminée et remplie de haine, vers l’endroit où elle avait laissé la petite peste.

Ailleurs, un phorreur avait atteint une limite qu’il ne pouvait franchir. Un véritable mur de flammes s’érigeait à 50 mètres devant lui. Il avait atteint l’enveloppe embrasée de la sphère. Deux observateurs dans son dos comptèrent environ 30 secondes, entre le moment où l’animal réalisa l’existence du « barrage » et celui où il se mit à creuser activement la terre. Les deux minutes qui s’écoulèrent ensuite suffirent à faire disparaître de la vue des observateurs, l’arrière train de l’animal en question.

— Allons-voir, déclara Bek’, suivi d’Ahiâm.
— Tu crois qu’il va réussir à franchir cette enveloppe par un tunnel souterrain ?
— Je n’en sais rien, Ahiâm, je n’y connais rien en sphère xélorienne. Au moins, il nous a amené à la limite de notre prison.
— Oui, mais la température si près de ce mur de flammes est limite supportable, malgré mon bouclier.
— Ton quoi ? questionna le iop.
— Tu ne crois tout de même pas qu’on se serait approché si près sans protection ? Ce n’est pas un petit mur de flammes, la quantité de chaleur libérée est impressionnante. J’ai lancé un bouclier de protection quand j’ai commencé à avoir vraiment trop chaud, à mon goût.
— Tu peux tenir combien de temps comme ça ?
— Je n’en sais rien. Les deux amis arrivèrent à l’entrée du tunnel fraîchement creusé. Il a creusé d’abord très en profondeur.
— Si profond, en si peu de temps, impressionnant…
— En effet, ça donne presque le vertige.

Les deux compères contemplaient le travail du phorreur quand ils virent une quantité de terre impressionnante éjectée de l’autre côté de la sphère. Bien qu’un mur de flammes s’opposait à eux, il permettait tout de même une petite vision déformée de ce qui pouvait se passer de l’autre côté. Sans certitude, ils crurent alors voir leur ami phorreur détaler des lieux en sortant de l’autre côté de la sphère.

— Tu vois ce que je vois ? demanda Bek’ à Ahiâm.
— Je crois voir ça, oui… lui répondit-il.
— C’est génial ! s’exclama le iop avec un sourire jusqu’aux oreilles.
— Même si c’était un gros bestiau, ce tunnel reste largement trop étroit pour nous… Surtout pour toi ! répliqua Ahiâm beaucoup moins enthousiaste.
— Tu as raison… Tu devrais réussir à passer, toi, alors vas-y !
— Et puis quoi ? Je te fais coucou une fois de l’autre côté ? Non Bek’, désolé mais je n’ai pas pour principe de faire passer les autres avant moi.
— Il ne s’agit pas de ça, allez, file ! Et, tu reviens avec de l’aide !
— C’est nous, l’aide, normalement. Et qui veux-tu que je trouve ici ? De toute façon, si je m’éloigne de toi, le bouclier ne sera plus efficace sur toi, et tu vas cramer !
— Dis comme ça…
— Non, non… On doit trouver une autre solution, et vite !

Tandis qu’ils réfléchissaient tous les deux, Bek’ repensa à l’attitude d’Ahiâm et trouva ce jeune homme fort respectable. Il ne le connaissait pas depuis longtemps, mais il était sûr de pouvoir compter sur lui. Cette pensée apaisa l’esprit de Bek’ et fut comme une étincelle dans sa tête. Chose incroyable chez un iop, cette étincelle ne mourut pas dans la seconde suivante mais déclencha une série de stimulations psychiques conduisant à une idée, qui plus est, à une bonne idée…

— Ecartes-toi, mon ami ! ordonna Bek’.
— Quoi, mais, qu’est-ce tu fais ? bégaya Ahiâm tiré subitement de ces multiples réflexions.
— A nous deux, Terre Maudite !

Le disicple de Iop se concentra un instant après cette déclaration de guerre solennelle et fracassa la terre. Ce sortilège de Iop remplissait à merveille le rôle d’un phorreur, la précision en moins. Le tunnel ayant déjà été définit dans ses limites, Bek’ se contentait de l’agrandir. L’hypothèse de l’écroulement du tunnel traversa l’esprit d’Ahiâm, mais il ne la fit pas partager. Parfois, la magie opérait au-delà des limites « conventionnelles », selon la volonté des Dieux. Et si Iop était satisfait de son guerrier Bekaroë, peut-être lui permettrait-il d’agrandir ce tunnel sans tout détruire. « Un peu de finesse dans un monde de iop, était-ce si inimaginable ? » pensa Ahiâm. Et par-dessus le marché, le soigneur n’avait rien de mieux à proposer, alors… Rapidement, la partie descendante du tunnel fut élargie, et Bek’ sauta sans ménagement au fond du « trou ». Là, il recommença son opération pour la partie horizontale du tunnel. Ahiâm descendit avec plus de précaution, un membre cassé l’aurait beaucoup contrarié. Bien que soigneur, son bouclier de protection lui demandait plus d’énergie qu’il ne voulait l’admettre, et les dernières heures avaient été éprouvantes. Lors de ses « fracassements », Bek’ se faisait taillader par des éclats de pierre. Ces blessures s’ajoutant à celles dues aux diverses courses des dernières heures commençaient à meurtrir sérieusemant le corps du iop. Ahiâm lui avait déjà proposé des soins, mais les disciples de Iop sont fiers comme des coqs et refusent en général le moindre soin, sauf quand ils sont inconscients. Le frère d’Eloah profita malicieusemant de l’attention complétemant détournée de Bek’ pour le rafistoler un peu, en prenant soin de ne pas cicatriser toutes les plaies, pour l’honneur des iops. Bek’ complétemant concentré sur l’élargissement du tunnel ne s’aperçu de rien. Ainsi, après un petit quart d’heure, les deux garçons débouchèrent de l’autre côté de leur prison. Un quart d’heure supplémentaire leur fut nécessaire pour réaliser qu’ils avaient réussi. Cet état de fait acquis, Ahiâm révoqua son bouclier et s’avisa que la magie de Iop n’était pas qu’un concentré brut de puissance chaotique… Les yeux de Bekaroë brillaient de satisfaction.

— T’as vu ça ?! J’suis trop fort, et même pas une égratignure !
— En effet, c’est incroyable… menti Ahiâm, tout en songeant que le mot égratignure dans le dictionnaire iop devait être synonyme de plaie hémorragique, étant donné que le corps de son ami était couvert de réelles égratignures, volontairement laissées.
— Bon, foutons le camp ! lâcha Bek’ en se détournant de la sphère rougeoyante.
— Retrouvons les filles et bottons les fesses à ce lâche !
— C’est un programme qui me convient ! En route !

Sur ces mots les deux garçons se mirent à courir. Dans la demi-seconde suivant la prise d’élan d’Ahiâm, une voix angélique résonna dans sa tête et lui murmura quelque chose d’incompréhensible. Le soigneur s’arrêta net, manquant de chuter.

— Qu’est-ce qui t’arrive ? demanda Bek’ en le rejoignant au pas de course.
— Une voix… dans ma tête…
— Encore ce foutu rat d’égout ! dit-il en songeant à leur agresseur.
— Non… Ça recommence… C’est… je suis sûr que ce n’est pas un maléfice.
— Ahiâm ressaisis-toi ! C’est cette foutue sphère ! Elle te joue un tour pour que tu retournes te faire dorer la pilule !

La voix retentit une troisième fois et le message paru plus clair…

— Noïga ! s’exclama-t-il en détalant dans la direction opposée à celle qu’il allait prendre une minute plus tôt.
— Ahiâm ! Attends-moi ! Où vas-tu ? cria Bek’ en suivant son ami.

Le duo courait à une vitesse folle, les jambes d’Ahiâm semblaient avoir oubliés leur fatigue et le disciple d’Eniripsa se servait de ses ailes pour gagner en vitesse. Leur course leur fit faire, à distance, un bon quart de tour de la sphère. La voix guidait Ahiâm, sans vraiment savoir comment, d’ailleurs. Mais il finit par arriver à destination, suivi de Bek’. Arrivé sur place cinq secondes plus tôt que Bek’, Ahiâm vit une magnifique lumière dorée voler dans les airs. Il lui sembla, un court instant, distinguer un visage au cœur de cette lumière, celui de sa Déesse. Mais ce fut si furtif qu’il ne pouvait en être certain. La lumière s’évanouit, elle se divisa en de toutes petites lueurs, telles des lucioles partant dans toutes les directions.

— C’était quoi ça ? demanda Bek’, sur la défensive.
— Tu l’as vu ? lui demanda Ahiâm les yeux ronds comme des billes.
— De quoi ? L’essaim de lucioles, là ?
— Je ne crois pas qu’il s’agissait de lucioles, Bek’…
— Quoi d’autre brille ainsi ? répliqua Bekaroë, dubitatif.
— Les fées, mon ami… Les fées… répondit Ahiâm totalement apaisé.
— Alors, cette voix ? lui rappela Bek’.
— Si je te dis ce que je pense, tu risques de te moquer… Allons-voir là-bas, où il y avait tes… lucioles !
— Je sens le piège, moi ! grommela Bek’ en guettant les alentours tandis qu’Ahiâm avançait à pas surs vers l’endroit désigné.
— Bek’ ! Bek’ ! appela Ahiâm en découvrant ce que la voix voulait qu’il trouve… Sans attendre le disciple de Iop bondit aux pieds d’Ahiâm en dégainant son épée. Ranges-ça et ouvre les yeux ! C’est Noïga !

Ahiâm s’était penché sur elle et estimait son état. A la fois empli de joie et très inquiet, Bek’ ne savait pas comment réagir et resta figé sur place. Il entendit et compris tout de même les instructions d’Ahiâm : ne t’approche pas, ne la touche pas et tais-toi ! Ahiâm avait imaginé se trouver dans cette situation à un moment donné, avec Bek’, étant donné leurs dernières aventures, c’était plus que probable. Il n’avait cependant pas imaginé qu’il s’agirait de Noïga, il avait plutôt pensé à sa sœur, ou Darinao. En tout cas, il avait prévenu Bek’ de ne pas interférer avec son travail dans ce type de situation, car la moindre erreur pouvait être catastrophique. Noïga semblait en effet dans un piteux état, et cela faisait un moment qu’elle semblait inconsciente, sa blessure avait un état d’infection déjà bien avancé, et la cicatrisation s’était très mal déroulée. Cela ne faisait aucun doute, il s’agissait d’une blessure bien caractéristique d’une aiguille Xélor. Ahiâm avait déjà vu, lors de ses études, ce type de cas, mais il n’avait jamais eu à les soigner seul. Et puis, le temps qui s’était écoulé depuis la blessure rendait les choses encore plus difficiles. « Va chercher des brindilles, des grosses pierres, et prépare-moi un petit feu de camp ! » avait ordonné Ahiâm, plus pour occupé l’esprit de Bek’ que par besoin. Cependant, certaines potions de dernier recours nécessitaient d’être chauffées avant utilisation, ce ne serait donc pas forcément une perte de temps, à ce stade, Ahiâm envisageait toutes les possibilités thérapeutiques. En cherchant nonchalemment les divers éléments composant un feu de camp, Bek’ aperçut une lueur bleutée dans les herbes.

— Par Iop ! Elle… elle a trouvé mon épée ! s’illumina Bek’ en saisissant l’arme.


Par Eloah

Le chant toucha bientôt à son terme. Alors des rubans bleutés descendirent d’en haut et enveloppèrent la nouvelle Ryukana. Toutefois, si à première vu ces rubans semblaient comme fait de tissu, en y regardant de plus près, on pouvait s’apercevoir qu’il n’en était rien. En fait, ils étaient composés d’une multitude de symboles, ou plutôt d’idéogrammes, descendants d’une écriture très ancienne dont on disait qu’elle était née en même temps que l’Univers, autrement dit, le Wakfu. Les êtres « supérieurs » ayant été les Premiers, ils furent ses premiers découvreurs, et, en fait, les seuls. C’est-à-dire qu’ils jugèrent cette écriture par trop puissante pour des êtres aussi ignorants que leurs disciples. En effet, ces idéogrammes étaient littéralement fait de Wakfu, les manipuler signifiait le manipuler, lui. Que ce soit les Dragons, les Démons, les Dieux et Déesses, tous les manipulaient avec une extrême précaution. Aucun d’entre eux n’avait intérêt à l’avènement complet du néant. La seule exception qui fut faîte fut pour les premiers Ryukane. Ce fut un désastre monumental et le monde faillit ne pas s’en relever. Cependant, ces idéogrammes étaient nécessaires à l’éveil de leurs pouvoirs. C’est ainsi qu’il fut décidé que les Ryukane ne s’éveilleraient pas d’eux-mêmes mais grâce à un chant psalmodié par un trio divin.

En un court instant, les rubans la recouvrirent entièrement. Puis soudain, ils semblèrent illuminer les cieux. Lorsque la vision d’un simple mortel serait revenu, on pu voir que les « rubans » se fondaient peu à peu dans le corps de la ryukana. Lorsque le processus fut achevé, celle-ci se réveilla progressivement à son environnement. Les trois Déesses étaient toujours présentes et attendaient patiemment que leur chant s’évanouisse. Lorsque ce fut fait, Ferora La Feu avait retrouvé toute son intégrité mais perdu une grande partie de ses forces déjà affaiblies. Eniripsa qui ne pouvait rester indifférente à cela lui offrit à boire un liquide dont elle ne pu définir la nature. Toutefois, elle pu rapidement en sentir les effets. Ainsi, tandis qu’elle récupérait de l’énergie, Sacrieur vint lui parler :

— Tu sais, j’apprécie beaucoup ton amie, d’autant plus par le sacrifice qu’elle a fait pour toi. En fait, je suis même très fière de compter parmi mes disciples, une mortelle de cette trempe. Cependant, sache que je désapprouve les sacrifices évitables, alors tâche de ne plus oublier cette leçon. Sinon, si elle doit encore supporter pareil traitement pour te rouvrir les yeux, je ne te le pardonnerais pas. Suis-je bien clair, Ryukana ! menaça la Déesse d’Eloah.
— Oui, Déesse, répondit Ferora.
— Je n’ai pas entendu.
— Oui, Déesse ! Par mon sang, par mon âme, par mon serment, je vous jure que telle chose ne se reproduira point.
— Bien, souris la Déesse. Maintenant, j’aimerais que tu apprennes par cœur le sort que je vais te réciter. Ainsi pourra-t-il t’offrir un regain temporaire d’énergie en lieu et place de celui plus puissant qui t’as valu cette leçon. Toutefois, lorsque tu le connaîtras, étudies-le avant de l’utiliser. Je ne voudrais pas voir Féca en colère après moi, après tout…
— Heu… Bien, Déesse.

— Ferora, c’est bien ton nom ? Tu devrais te dépêcher, une autre de tes amies est semble-t-il en danger de mort. Je vais envoyer des fées pour veiller sur elle mais ne tarde point, l’informa Eniripsa tandis que les perceptions de la disciple de Féca se faisaient plus brumeuses.
— Comment ?!
— Il est temps de partir, ma fille, rappela la Déesse de la Protection.
— Mamora… hésita-t-elle quelques instants.
— Oui, que tu sois ou non une Ryukana, tu seras toujours ma fille…
— J’avais cru… j’avais cru… balbutia la jeune femme avant de perdre conscience.

Elle se réveilla bientôt dans la cellule, encore un peu déphasé par son changement de plan. Elle secoua sa tête afin de s’éclaircir les idées mais elle rencontra un obstacle inattendu. Le bruit du choc contre le mur de sa prison se fit ressentir dans les nombreuses galeries attenantes. C’est ce qui effraya la sœur au point de laisser là sa prisonnière. En fait, la Ryukana avait oublié que le chant d’éveil déclenchait également son retour à sa forme primaire. Ainsi, elle n’était plus sous sa forme humaine mais sous l’apparence d’une imposante dragonne qui remplissait presque la totalité de la pièce. Heureusement, Eloah était assez éloignée pour ne pas en avoir souffert. D’ailleurs, elle était maintenant pleinement éveillée, surprise par la soudaine transformation de son amie.

— Et bé… Si je m’attendais… Tu en as d’autre des surprises de cette taille ? ne pu s’empêcher de demander la disciple de Sacrieur, amusée tout autant qu’étonnée.
— Attends, je reviens à mon aise, prévint-elle d’une voix plus caverneuse avant de psamoldier un sort inconnu. C’est mieux, je préfère tout de même ma forme humaine, j’y suis plus habituée, annonça bientôt la jeune femme de sa voix habituelle.
— Bah… Tu sais, moi aussi. Tu as pleuré, remarqua bientôt son amie.
— Je… Je ne supportais plus mon impuissance…
— On dirait que tu as réglé ce problème. Aïe ! s’écria Eloah quand elle voulut se lever.
— Attends, tu es bien trop blessée pour bouger. J’ai déjà du mal à croire que tu puisses parler aussi normalement. Je vais te guérir tout de suite.
— Tu ne vas pas avoir de nouveaux ennuis pour ça ? s’inquiéta aussitôt sa compagne.
— Non, parce que ce n’est pas une amie, une favorite, que j’aide mais un être humain qui a été mutilé injustement, lui expliqua Ferora pour la rassurer.
— Ce qui veut dire que la leçon est terminée…
— La leçon ?! Elo ! s’écria la Ryukana lorsque celle-ci s’évanouit.

Aussitôt, elle la prit dans ses bras en se lançant dans un sort de régénération. Même s’il n’équivalait pas un sort d’un puissant disciple d’Eniripsa, il l’était bien assez pour guérir en grande partie les blessures les plus graves de son amie. A condition qu’elle reste suffisamment longtemps sur le lit de flammes qu’elle invoquait. Seulement, Ferora se doutait que dés son réveil, Elo allait vouloir la rejoindre, aussi rajouta-t-elle un sort de sommeil et un puissant sort de protection. Ainsi, son corps pourrait récupérer et elle serait à l’abri de la majorité des agressions. Lorsqu’elle eu terminé, Eloah semblait flotter dans les airs portée par un lit de flammes à l’intérieur d’une bulle où le symbole de Féca luisait à sa surface. Elle regarda une dernière fois son amie puis elle se dirigea vers la porte qui brûla aussitôt. Elle devait maintenant retrouver Darinao.

Cette dernière courait toujours dans les couloirs, effrayée par sa macabre découverte. Malheureusement, son parcours erratique la ramena vers la pièce où la sœur l’avait laissée et où celle-ci venait de revenir. Ainsi, une douzaine de minutes seulement après avoir été libérée, la jeune fille fut de nouveau capturé. Aussitôt, la sœur hâtée par les derniers évènements se dirigea vers la cellule des jeunes femmes. Pendant ce temps, Ferora venait de retrouver la piste magique que laissait derrière lui tout disciple ignorant de cette conséquence à la pratique de la magie, en l’occurrence, celle de Darinao. Elle s’aperçut bien vite que celle-ci était très embrouillée et partait dans tout les sens. Heureusement, elle n’était pas une novice dans ce domaine et pu démêler cette dernière afin de suivre la piste la plus récente. Ce fil d’Ariane la reconduisit vers sa cellule où elle retrouva Darinao tremblotante et fascinée par quelque chose à l’intérieur de la cellule.

Elle s’assura que la jeune fille allait bien, la peur mis-à-part, et s’intéressa à ce qu’elle fixait ainsi. Elle pensait naturellement que c’était la bulle dans laquelle se trouvait Eloah qui l’étonnait à ce point, imaginant que la disciple de Xélor avait pu s’échapper sa Déesse savait comment. Elle se trompait. Ce qui subjuguait la jeune fille était bien davantage l’énergie et les pouvoirs que mettaient en œuvre la sœur pour percer la bulle protectrice de la disciple de Sacrieur. D’ailleurs, lorsque la Ryukana y regarde de plus près, elle s’aperçu horrifiée que la bulle commençait à se fendiller. Elle n’en revenait pas ! Il fallait une très grande force magique pour arriver à une tel résultat, une force normalement inaccessible aux mortels.

Pendant ce temps, Bek’ faisait une drôle d’expérience. A son contact, l’épée avait paru lui parler, puis une espèce de nuage noir semblait se balader à l’intérieur de la lame. Lorsqu’il voulut l’examiner de plus près, sa main vint toucher le joyau de la garde. Immédiatement, celui-ci s’ouvrit comme un œil, une iris noir aux veines proéminentes en son centre. Alors, le disciple d’Iop ne bougea plus, comme paralysé. Son absence d’activité finit par alerter Ahiâm pourtant très occupé avec Noïga. Il appela d’abord le guerrier puis devant son manque de réaction, il se décida à se lever, abandonnant momentanément sa patiente stabilisée. Arrivé à sa hauteur, il remarqua enfin l’arme qu’il tenait à la main mais aussi que des pupilles trônaient maintenant au milieu de ses iris. Depuis quand les iops avaient-ils des pupilles ? Et puis, pourquoi ne réagissait-il pas ?

Ahiâm, en tant que disciple d’Eniripsa pensa tout d’abord qu’il avait touché à une plante toxique ou rencontré une larve paralysante. Toutefois, il ne vit aucune plante de ce type à proximité, ni de bave de larve caractéristique de ce genre de sort. Il se demanda alors si cela n’avait pas de rapport avec l’arme, épée qu’il n’avait pas encore vu entre les mains de son compagnon. Il l’inspecta donc et fit une découverte stupéfiante. Cette arme était vraiment très ancienne, pour tout dire, elle avait au moins mille ans. Il ne s’agissait rien de moins qu’une épée shushette multi-élément, et vu la réaction de Bek’, le démon à l’intérieur devait être gonflé à bloc. Rares étaient les détenteurs de telles armes par trop imprévisibles, cependant celle-ci semblait être là depuis la Grande Inondation au vu de la légende qui l’entoure. Comment se faisait-il que personne ne l’ai récupéré plus tôt ?

— J’ai faim, énonça soudainement le disciple d’Iop alors que pourtant sa voix semblait différente.
— Je ne crois que ce soit le moment, Bek’. Je te rappelle que Noïga est gravement blessée.
— J’ai faim ! hurla-t-il en réponse à Ahiâm.
— Mais enfin ! Ce n’est pas le moment te dis-je. Et puis, sais-tu ce que tu tiens entre les mains ? C’est une arme dangereuse tu sais, tu ferais mieux de la poser par terre pour l’instant. Nous devons nous occuper de ton amie.
— J’ai faim ! tonna-t-il sur le disciple d’Eniripsa.
— Oui, bon, ça va, j’ai compris. Fais ce que tu veux, moi je retourne auprès de Noïga, céda finalement le disciple de la Déesse des soins.

Lorsqu’il se retourna pour voir ce que faisait son compagnon, il s’aperçu que ce dernier avait disparu. En ayant assez de l’attitude du iop, il décida ne pas s’occuper de lui et de garder son énergie pour sa patiente bien plus docile. S’il avait compris que Bekaroë était sous l’emprise du démon de la shushette, il serait sans doute bien plus inquiété de son sort. Malheureusement, il avait oublié qu’une telle arme non maîtrisée pouvait amener une telle répercussion. Dorénavant, seul son Dieu pouvait savoir où il était et veiller sur lui, reste à savoir s’il le faisait…


Par Ferora
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