Ferora Les aventures d’Eloah et Ferora Eloah
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Ahiâm et Ferora allait atteindre la porte quand une petite main attrapa la jupe de la jeune femme. La jeune disciple de Xélor, la bouche encore pleine, essayait manifestement de communiquer. Mâchant et avalant du plus vite qu’elle pouvait, Darinao pu bientôt parler de façon compréhensible :

— J’veux venir aussi. Moi aussi, je suis inquiète pour Elo.
— Je m’en doute, Dari, mais je ne connais pas encore son état. Or, une disruption élémentaire peut ne pas être joli du tout à voir. Je ne veux pas que tu la vois dans cet état, et Elo non plus ne le voudrait pas.
— Mais…
— Non, n’insiste pas. En échange, tu seras la première à connaître son état à mon retour. On fait comme ça ?
— Mais… Bon, très bien, finit-elle par céder devant le regard insistant de la disciple de Féca. Puf… C’est pô juste, commença à ronchonner la jeune fille en retournant à son petit-déjeuner.
— Noïga, tu t’occupes d’elle, s’il te plaît ? demanda Ferora à la disciple de Sadida, étonnée du refus de la jeune femme.
— Heu… Oui. Nous irons sur le terrain d’entraînement pour y essayer mon nouveau bâton.
— Je vous retrouve là-bas, alors. Allons-y, Ahiâm.

Le disciple d’Eniripsa était tout aussi étonné que Noïga du comportement de la Ryukana, d’autant plus qu’il n’avait pas remarqué de changement physique chez sa sœur. Toutefois, il préféra garder le silence et demander plus tard des explications. Ils se dirigèrent donc vers le temple, mais pas vers l’entrée principale. Ahiâm emmenait Ferora vers une porte secondaire qui menait directement dans le couloir des chambres de convalescence du rez-de-chaussée. La disciple de Féca, surprise d’un tel accès direct en fit la réflexion à son guide. Celui-ci lui expliqua qu’il s’agissait en fait d’un accès de secours, en cas d’incendie par exemple, et que seul les membres du temple pouvaient les ouvrir de l’extérieur. Lui-même ne disposait pas officiellement de ce privilège, mais il avait trouvé un autre moyen afin de faire entrer discrètement Ferora. Et, effectivement, lorsqu’ils arrivèrent, la jeune femme pu découvrir qu’Ahiâm avait tout bêtement coincé une chaise dans l’entre-bâillement. Ils purent ainsi ouvrir la porte sans toucher la poignée et cheminèrent aussitôt vers la chambre d’Eloah.

La disciple de Sacrieur dormait encore lorsqu’ils entrèrent. Tout avait l’air normal, mis-à-part peut-être la forte respiration de la jeune femme. Ahiâm reprit la chaise qu’il avait occupé toute la nuit et la main de sa sœur dans la sienne. Ferora s’approcha elle aussi du lit et commença à l’ausculter. D’abord, elle utilisa ses sens primaires mais ne trouva qu’une légère fièvre. Elle passa ensuite à ses sens magiques de disciple de Féca, mais n’étant pas adaptés à cet usage, elle ne détecta rien de plus. Enfin, quand elle se servit de ses pouvoirs de Ryukana se fut pour confirmer le diagnostic du disciple d’Eniripsa, mais aussi pour découvrir la gravité de son état.

— Alors ? Peux-tu l’aider ? interrogea son frère.
— Je… Heu… Je n’ai jamais été témoin d’un tel avancement. Ce n’est pas possible. Cela aurait dû prendre des mois pour en arriver là !
— Comment ça ?
— C’est assez complexe, mais lorsqu’Eloah est arrivée dans cette époque, elle ne pouvait plus utiliser la magie de sa Déesse. Pour l’utiliser à nouveau, elle a d’abord dû se rendre dans un temple et prier Sacrieur. En fait, la Déesse n’a pas brutalement convertie sa magie ancienne en celle de cette époque. Sinon, Eloah n’aurait jamais pu revenir à notre époque, sa magie ne se serait pas remise d’un tel traumatisme. Cependant, elle a pu faire en sorte que la magie de sa disciple dispose d’un « traducteur » pour comprendre comment fonctionner à cette époque. Néanmoins, ce n’est pas une solution durable. Le Wakfu est complètement libre ici, il imprègne toute chose, et inévitablement, il devait imprégner Eloah. Mais seulement progressivement, sur plusieurs mois au moins et non en jours. Cela a été trop rapide, son corps n’a pu le supporter et maintenant il le rejette. Or, on ne peut le faire lorsque l’élèment à rejeter est partout.
— Mais, alors ? Comment l’aider ? s’inquiéta vivement Ahiâm.
— Moi, je ne peux rien faire. Je vous l’ai expliqué, je ne peux utiliser mes pouvoirs pour des motifs personnels. De plus, dans ce cas précis, seule une personne ayant un lien très fort avec la personne pourra pénétrer son esprit et lui expliquer comment faire face, expliqua la Ryukana.
— C’est toi la mieux placée alors, elle te considère comme sa sœur de cœur, et vous vous connaissez depuis des années.
— Certes, mais notre lien ne sera jamais aussi intime que celui qui unit un frère et une sœur de sang, en particulier des jumeaux, éclaircit la jeune femme.
— Comment devrais-je faire ?
— Et bien… Si tu n’as jamais invoqué ta Déesse, ça va être le moment car tu vas avoir besoin d’aide. Votre magie vous permet de diriger les flux traversant nos corps, vous permettant ainsi de les remettre en place lorsqu’ils s’égarent, de leur montrer un meilleur chemin, ou encore de leur construire un chemin. C’est ainsi que vous guérissez. Toutefois, dans le cas d’Elo, ce n’est pas un souci de direction mais d’acceptation. Tu dois non seulement montrer la voie aux flux mais faire accepter cela à son corps. Tu dois leur montrer comment s’apprivoiser l’un l’autre. Cela relève d’une très haute maîtrise des flux élémentaires et du corps.
— Tu as vraiment de vastes connaissances. Tu sais que tu me fais presque peur.
— En effet, vous avez l’air d’en savoir beaucoup sur nos façons, intervint un nouveau venu. Qui êtes-vous, déjà ? interrogea le maître des potions lorsque Ferora se retourna.
— Une disciple de Féca qui a beaucoup voyagé.
— Ah ! Et vous avez de la répartie. Cela dit, je ne comprend pas pourquoi vous ne m’avez pas parlé de cela, jeune Ahiâm.
— Je suis désolé, maître, mais j’avais peur que vous ne vouliez garder ma sœur par crainte de son état ou pour l’étudier, tenta de s’expliquer l’apprenti.
— Vous me décevez, jeune Ahiâm. Gryne est pourtant réputé dans le monde entier pour faire des patients sa priorité. Jamais tout au long de notre histoire, nous n’avons privilégié l’étude de cas atypique en dépit des soins à apporter à ceux-ci, le sermonna le maître chimiste.
— Oui, maître, ne pu qu’acquiescer le jeune homme.
— Très bien. Maintenant, occupons-nous de votre sœur. Nous allons la transporter dans la nef, car comme vient de l’expliquer votre amie, l’aide d’Eniripsa nous sera indispensable.
— Je ne vous le conseille pas, intervint à son tour Ferora.
— Et pourquoi cela ? questionna étonné le maître chimiste.
— Elle n’est tout simplement pas transportable dans son état. Vous risqueriez de voir se désagréger son corps. Vérifiez par vous-même, l’enjoignit-elle.
— Humpf… Très bien. Oh ! Vous avez raison ! s’exclama-t-il. Qui êtes-vous ? questionna-t-il à nouveau.
— Dari ! appela-t-elle soudainement. Je sais que tu es là. Entre.
— Ah ! Je l’avais oublié. C’est en suivant votre jeune compagne qui se promenait seule dans les couloirs que j’ai surpris votre conversation, expliqua le maître des potions lorsque la jeune fille fit son entrée.
— Ne t’avais-je pas dit de rester avec Noïga ?
— Si… Mais…
— Nous en rediscuterons plus tard, l’interrompit la jeune femme. Va me la chercher, s’il te plaît. Nous avons besoin de son aide.
— Oui, d’accord ! approuva aussitôt la jeune disciple de Xélor, heureuse de se rendre utile et de ne pas s’être fait sermonnée. Elle disparut aussitôt en utilisant un sort de téléportation.
— Je suis toujours stupéfait que vous entraîniez une fille aussi jeune dans votre voyage, mais je vois que vous savez vous en occuper.
— Me voici ! lança Dari lorsqu’elle réapparut accompagnée de la disciple de Sadida.
— Mais, enfin, Dari, explique-toi ! s’exclamait en même temps Noïga. Apparemment, la jeune fille n’avait pas pris le temps de se justifier avant de téléporter la jeune femme. Fero ?! s’écria-t-elle quand elle réalisa qu’elle n’était plus au terrain d’entraînement.
— Nous avons besoin de toi. Pourrais-tu invoquer un cocon de ronces apaisantes, s’il te plaît ?
— Quoi ?! Comment sais-tu pour ce sort ?! Il connu des seuls disciples de Sadida.
— Qui sait ? s’amusa-t-elle. Alors, peux-tu l’invoquer ?
— Heu… Oui. Mais pourquoi ?
— Pour qui, rectifia-t-elle. Eloah est dans un état assez grave et nous avons besoin de la transporter, seul ce cocon pourra nous le permettre. Nous aideras-tu ?
— Vous savez que si cela se sait, je risque de gros ennuis. Mais, comme ça a tout l’air d’une situation d’urgence… Je vous aiderai. Écartez-vous du lit.

Tous s’exécutèrent et la disciple de la Nature se lança dans une assez longue invocation. Un double cercle vert couvert de différents symboles se matérialisa sous la disciple de Sacrieur. Des ronces apparurent quelques instants plus tard et crûrent, crûrent au point de couvrir entièrement Eloah tel un cocon. Lorsque ce fut fait, Ferora et le maître des potions vérifièrent qu’elle était dorénavant transportable tandis que Noïga examinait son ouvrage. Tout les trois étant d’accord, ils purent enfin transporter, avec l’aide d’Ahiâm, la malade dans la nef du temple. Puis, le maître des potions demanda aux jeunes femmes et à la jeune fille de bien vouloir sortir. Elles protestèrent juste un peu, pour la forme. La cérémonie pu alors débuter.

Pendant ce temps, Darinao commença à tourner en rond, impatiente que ça se termine. Noïga et Ferora, plus aguerries, s’adossèrent au mur face à la porte et prirent leur mal en patience. Toutefois, une demi-heure plus tard, Ferora commençait à montrer des signes d’impatience de plus en plus fort. Cela ne collait pas avec son impulsivité naturelle. Elle se souvint alors que Latas lui avait parlé d’une bibliothèque à trouver, ici même. Plutôt que d’attendre ici à ne rien faire, elle décida de commencer à chercher. Seulement, Dari, décidément très observatrice, la remarqua. Cependant, elle n’allait pas risquer un nouveau refus et décida de la suivre subrestivement. Encore fallait-il déjouer la surveillance de Noïga.


Par Ferora

Dans la nef, le maître des potions commençait à se rendre compte de l’immensité de la tâche, et de la gravité de la situation. Ahiâm était chargé depuis le début d’implorer l’aide d’Eniripsa, visiblement sans succès. Le médecin aguerri décida donc de passer à la vitesse supérieure. Il se dirigea vers la porte et entre-ouvrit cette dernière de façon à ne pas déconcentrer son jeune disciple.

« Vous, désigna-t-il en pointant de son index la belle disciple de Sadida, vous saurez sans doute reconnaître les plantes de cette liste. Prenez le couloir derrière vous, puis, première à droite, deux fois à gauche, au bout du nouveau couloir, à nouveau à droite, enfin, se sera la troisième porte à votre gauche. Frappez trois coups secs, vous serez accueilli par mon assistante, montrez-lui ce mot, et dirigez-vous dans mon jardin personnel. Revenez aussi vite que possible une fois votre cueillette terminée. Ne traînez pas en route, j’ai besoin d’un maximum de fraîcheur pour les plantes. »

Noïga attrapa le bout de parchemin qu’on lui tendait et resta bouche bée quand la tirade fût terminée et que son interlocuteur refermait tout aussi rapidement la porte de la nef. Abasourdie par toutes les informations qu’elles venaient d’emmagasiner, elle dirigea ses pas immédiatement dans les directions données, avant de perdre la mémoire, sans se rendre compte du départ de Ferora et du fait qu’elle laissait seule Darinao, pour la plus grande joie de cette dernière qui se faufila alors à la poursuite de Ferora.

— Ahiâm ! Relève-toi. Nous verrons plus tard pour notre bien-aimée Déesse. Il faut que tu viennes ici, là, au chevet de ta sœur. C’est le moment de mettre en pratique ce que mon ami le Docteur Casel t’a enseigné très récemment. Concentre-toi, tu dois visualiser les flux élémentaires habitant ce corps, c’est essentiel.
— Mais, je… Nous n’avons que très vaguement parlé de ce principe, maître. Et, j’ignore totalement à quoi cela ressemble, balbutia Ahiâm très affecté par la situation et le caractère pressant du maître des potions.
— Nous ignorons tous à quoi cela ressemble avant la première fois, mon ami, car chacun de nous en a une vision personnelle. Détends-toi, et ressaisis-toi ! Eloah a besoin de toi, mais tu dois faire abstraction de tes sentiments, cela nous perturbe. Tu es un médecin, c’est une patiente. Tu n’es pas son frère, ici. Son frère n’est d’aucune utilité ! Elle a besoin d’un bon, d’un excellent soigneur. Fais-lui honneur.

Les paroles acerbes de son mentor stimulèrent le jeune apprenti. Ahiâm ferma les yeux et se concentra, il oublia tout d’abord l’espace, la nef, les murs, le sol. Il chassa le caractère d’urgence de la situation, se confortant alors dans une bulle intemporelle. Puis, il abaissa ses sens humains, un à un, il n’entendait déjà plus son professeur ni ne sentait la fragrance des bouquets floraux entretenus en l’honneur d’Eniripsa. Alors, il ouvrit ses paupières. Son cœur manqua un battement tellement le spectacle irréel qui s’offrait à ses yeux était beau. Il voyait les contours de sa patiente. Emprisonnés dans ses contours ondulants, des courants de fluides de diverses couleurs évoluaient, s’entrecroisaient, se superposaient : les flux élémentaires. Soudain, il ne vit plus rien. Il faisait noir. Une gifle ramena les sens normaux d’Ahiâm en fonction. Il ouvrit de nouveau les paupières et fut aveuglé par la lumière naturelle filtrant au sein de la nef.

— Réveille-toi ! Alors, tu as réussi ? demanda le maître des potions en aidant son élève à se relever
— Oui. Je crois. J’ai vu… des lignes brillantes de couleurs bleu, jaune, vert…
— Oui, oui, oui. C’est très bien. Tu as réussi. Mais tu ne maîtrises pas encore totalement ta transe. Il va falloir y travailler sérieusement, tu sais. C’est un état indispensable pour notre Art.
— Je me suis évanoui ?
— Tu es tombé, en tout cas. Je vais commencer seul. En attendant, prépare tout le matériel pour une potion d’Eau de Fée, une Raide Rêve et un élixir sacrieur. Votre amie proche de Dame Nature ne devrait plus tarder à apporter les ingrédients. Hum… Tu vas commencer à préparer les deux potions.
— Et vous, Maître ?
— Je vais déjà essayer d’élucider l’origine du problème, sans toucher aux flux, pour le moment. Nous les manipulerons ensemble, une fois que les potions auront fait leurs effets. Au travail !

Noïga arriva rapidement au lieu indiqué. Une petite fée aux ailes bleutées ouvrit à Noïga et se présenta comme l’assistante du Docteur Frizec. Neihli, c’était son nom, indiqua le jardin à Noïga et lu le mot de son supérieur. En plus d’un résumé de la situation, une liste de matériel était écrite. Neihli attrapa sa sacoche et y glissa fioles, mortiers, ciseaux, et autre pressoirs. Après moins de dix minutes, les deux femmes repartaient au pas de course vers la nef.

Précipitée par l’assistante, Noïga ne fit pas attention à la disparition de ses deux amies dans le couloir. Les deux femmes chargèrent les bras d’Ahiâm, qui organisa naturellement les choses. La petite fée prépara l’élixir sacrieur, une potion rapide à faire, mais qui devait refroidir lentement. Ahiâm, tel un chef de cuisine, sollicita l’aide de Noïga et ses connaissances en botaniques permirent à la guerrière de comprendre sans difficultés les instructions du soigneur. Le Docteur Frizec finit par sortir de sa transe et délivra sa stratégie.

— J’arrive à distinguer les flux de l’ancienne magie, et ceux de la magie de nos jours, mais c’est un travail harassant et incroyablement long. Nous ne disposons pas de ce temps. Sans compter qu’après avoir identifié la nature des flux, il faudra les modeler.
— Que proposez-vous ? questionna Noïga inquiète, tout en broyant un amas fleurs de lin.
— Nous devons faire régresser tout les flux, sans exceptions.
— Mais, cela ne va pas la tuer ? demanda alors l’assistante
— Si nous les annihilons tous, si. Mais je ne veux que les faire régresser.
— Mais, Monsieur, la potion Raide Rêve ne permet pas une telle chose, avança Ahiâm.
— En y ajoutant une toute petite modification, si. J’ai déjà réalisé une fois cette potion dont j’ai trouvé la formule.
— Et ? Ça a marché ? poursuivit le frère de la patiente.
— Le patient est… Il n’était pas affecté par une disruption élémentaire. Cela ne l’a pas sauvé, répondit Frizec avec regret. Mais j’ai bien vu ses flux élémentaires se tarir quelque peu. Je sais que cette potion convient parfaitement à cette application, enchaîna-t-il pour redonner confiance à ses troupes.
— Comment se fait-il qu’un tel succès ne soit pas connu ? l’interrogea son assistante.
— Je garde la formule secrète. Cette potion, entre de mauvaises mains, serait bien trop dangereuse. C’est pourquoi, une fois la Raide Rêve prête, j’y apporterai personnellement les dernières touches.
— L’elixir est prêt et suffisamment froid, déclara Neihli.
— J’ai fini l’Eau de Fée également. Noïga, tu veux bien me donner le broyât, là ?
— Tiens, Ahiâm.
— Merci. Voilà, dans cinq petites minutes, la Raide Rêve sera prête à bouillir.
— Bien. Je la modifie avant. Laisse-moi finir, commanda le docteur en s’emparant de la fiole.

Frizec dévoila les nombreuses bourses solidement ficelées à sa ceinture et préleva dans trois d’entre elles, une feuille violacée, une pincée de poudre marron ainsi qu’une petite bille translucide. Il jeta les trois ingrédients successivement dans la fiole qu’il porta ensuite à ébullition. Il filtra le liquide et le plongea aussi sec dans un bain d’eau glacée, préparé par Neihli.

Après avoir déclaré que tout était prêt, le disciple le plus expérimenté fit boire à Eloah la potion Raide Rêve modifiée. L’alchimie opéra et les deux disciples d’Eniripsa confirmèrent rapidement la baisse d’intensité des flux élémentaires habitant Eloah. Des convulsions secouèrent cette dernière après quelques minutes. Ahiâm lui fit alors boire quelques gouttes d’Eau de Fée pour apaiser son corps en détresse. Il renouvela l’opération à chaque secousse du corps de sa sœur. Pendant ce temps, Frizec surveillait, grâce à sa transe, l’évolution des particules magiques modelant la disciple de Sacrieur. La composante magique d’Eloah, alors brillante, dynamique et de couleurs vives, il y avait encore quelques jours, se retrouva pâle et stagnante. C’était le moment d’administrer à la patiente l’élixir sacrieur. Rappelant ainsi à son corps et surtout à sa composante magique, son appartenance aux guerriers du sang. Du moins, c’était l’idée de Frizec.

— C’est beaucoup trop long. Le schéma caractéristique des flux des sacrieurs ne se met pas en place ! déclara le Médecin. Bon, Ahiâm, nous allons le faire. Nous allons tisser ces foutus flux nous-même ! Tu as en mémoire le schéma des sacrieurs ?
— Bien sûr, Maître.
— Parfait, alors allons-y. Noïga, vous voudrez bien surveiller votre ami, si toutefois il s’évanouissait. Neihli, s’il te plaît, appelle de tes vœux notre Déesse bien aimée.

Les deux disciples de la guérison entrèrent dans leur transe et se mirent à modeler les flux maitrisés : lignes, cercles, parallèles, croisements, chaque schéma de classe était complexe et demandait un gros effort de concentration. Heureusement, l’élixir semblait participer, enfin, à la tâche, en complétant automatiquement les tracés magiques, ce qui accéléra grandement le travail des deux hommes. Petit à petit, un réseau rouge cramoisi de fils fragiles se dessina. Du moins, c’est ainsi qu’Ahiâm le voyait.


Par Eloah

Pendant ce temps, Ferora parcourait les couloirs en cherchant des indices d’un passage oublié voire secret vers la bibliothèque perdue. Et puis, elle finit par se dire que depuis le temps et le nombre de générations de jeunes disciples d’Eniripsa qui avait sans doute eu cette idée bien avant elle, elle avait peu de chance de les battre sur leur propre terrain. Aussi, décida-t-elle de passer à la vitesse supérieure. La ryukana fit appel à ses perceptions magiques et commença à sonder l’édifice étage par étage à partir du plus haut.

Elle pu ainsi sentir la vie qui animait le temple dans l’aile réservée aux étudiants, la maladie dans celle des patients, la colère d’un chacha qui se voyait refuser l’accès à la cage des sousouris, mais de salles abandonnées depuis des centaines d’années non point. Par contre, elle détecta une curieuse énergie en provenance du sous-sol. Ce qui était d’autant plus curieux que cela semblait trouver sa source d’assez profondément, alors que le Dr. Casel leur avait assuré qu’il n’y avait que deux niveaux sous le sol. Ceux-ci étaient d’ailleurs réservés à la conservation de la nourriture et des médicaments. Cela méritait donc une inspection plus minutieuse. Seulement, l’énergie était enfouie si profondément que Ferora n’en captait pas suffisamment pour l’analyser. Il fallait donc se rendre sur place.

La jeune femme chercha un fil d’énergie qui pourrait lui montrer le chemin, mais n’en trouva point. Les derniers visiteurs étaient partis depuis bien trop longtemps. Alors, elle se dit qu’il y aurait, avec un peu de chance, un puits d’aération juste au-dessus, amenant également de la lumière naturelle à cette bibliothèque enfouie. Elle soupçonnait que cette mystérieuse énergie provenait d’objets magiques entreposés dans ses rayonnages. Elle se dirigea donc vers les sous-sols, mais changea si rapidement de direction que Darinao fut surprise et ne put se cacher.

— Dari ?! Mais, qu’est-ce que tu fais là ? s’exclama la jeune femme.
— Heu… Et bien…
— Tu en avais marre d’attendre à ne rien faire, hum, devina-t-elle.
— Oui… Heu… Tu n’es pas fâchée ? s’étonna la jeune fille.
— Si, un peu, mais je ne peux pas vraiment t’en vouloir alors que je ressens la même chose. Allez ! Viens avec moi.
— Quoi ?! Ouai ! Et, où va-t-on ?
— À la recherche d’une bibliothèque perdue depuis des centaines d’années.
— Rien que ça !

Les disciples de Féca et Xélor se rendirent au deuxième niveau des sous-sols du temple d’Eniripsa. Personne ne les arrêta puisque personne ne les surveillait. Même un disciple de Sram n’oserait voler l’île de Gryne, fut-il un roublard. Toutefois, plus elles avançaient vers la source d’énergie, plus les souterrains étaient dans un état de délabrement croissant et s’obscurcissaient. Si Ahiâm avait été là, il aurait pu leur expliquer qu’elles se trouvaient dans un passage inutilisé depuis l’ouverture d’un autre bien moins tortueux. Ainsi, lorsqu’elles débouchèrent dans la pièce suivante, elles découvrirent que cette section était de nouveau parfaitement entretenue. Malheureusement, la source d’énergie se trouvait maintenant derrière elles.

— Rhâ ! Ça va me faire tourner bouftou !
— De quoi ? demanda Darinao.
— J’essaie de retrouver quelque chose qui ne cesse de m’échapper. Plus nous nous en approchons, plus cela semble touffue et incertain. Retournons en arrière, j’ai peut-être raté un truc.

Ainsi fut fait. Cependant, ce fut avec un atout supplémentaire puisque Ferora généra une flamme dans sa main. Une flamme, on ne peut plus spéciale, puisque sa lumière ne générait aucune ombre et éclairait pleinement le vieux passage. Elles le parcoururent une nouvelle fois, sans toutefois y découvrir quoi que ce soit. La jeune femme fut si frustrée qu’elle perdit momentanément le contrôle de sa flamme.

— Hey ! Fais gaffe ! s’exclama Dari.
— Oups ! Pardon. C’est juste que je ne comprends pas. À moins que… Mais oui, ça doit être ça. Un monte-personne énergétique !
— Un quoi ? demanda la jeune fille.
— Et bien… hésita la jeune femme, cherchant ses mots. C’est comme un couloir, mais à la verticale, et entièrement construit en énergie magique. Lorsqu’il est activé, les personnes à l’intérieur sont transportées d’une manière semblable aux zaaps. Ce genre de système est extrêmement rare. Mais, il garantit une grande sécurité puisqu’il n’y a plus besoin d’accès physique à l’étage auquel il est relié.
— Ah ? N’importe qui ne peut pas l’activer ? Les zaaps, tout le monde peut les utiliser pourtant.
— Tu oublies qu’on ne peut les utiliser que vers des zaaps qu’on a déjà mémorisé. La même contrainte s’applique à ce système. Par conséquent, seuls ceux qui ont visité les deux étages peuvent l’utiliser, affirma la Ryukana.
— Quoi ?! Mais, comment allons-nous faire, alors ?
— Excellente question, Dari. Remontons, décida-t-elle finalement. Voyons où en est la guérison d’Elo.

À leur retour devant la porte, elles constatèrent la disparition de leur amie, Noïga. Supposant qu’elle était sans doute partie chercher quelques plantes pour la disciple de Sacrieur, Ferora ne s’en inquiéta pas. Au moment où elles allaient atteindre la porte du sanctuaire, celle-ci fut ouverte par une disciple d’Eniripsa qu’elles ne reconnurent pas. Devinant qu’il s’agissait d’amies de la patiente de son maître, cette dernière se présenta et les invita à entrer. Elles virent que la jeune femme était éveillée et tentait de retrouver ses esprits. Son frère, le maître et la disciple de Sadida étaient à ses côtés. Darinao se précipita immédiatement à son cou, manquant de la renverser si Ahiâm n’avait retenue sa sœur. Ferora arriva plus doucement, fortement soulagée que son amie s’en sorte apparemment bien. Lorsqu’elle fut assez proche, elle se servit de ses sens de Ryukana afin de vérifier son état.

— Ah ! Te voilà, Fero. Tu pourrais me dire ce que je fais là, on ne veut rien me dire, demanda la disciple de Sacrieur en châtiant son frère du regard.
— Pour faire simple, tu as été victime d’une disruption élémentaire. C’est-à-dire que ta magie faisait n’importe quoi et que nous avons dû y mettre bon ordre.
— Oh ! ne put que s’exclamer son amie.
— Et, accessoirement, tu as failli en mourir.
— Plutôt embêtant ça. Je vous remercie de m’avoir épargnée de retourner aussi vite dans le monde des morts.

Heureusement, personne ne releva la tournure étrange de sa phrase. Tout le monde était trop soulagé de la guérison de la jeune femme. Le maître se leva bientôt et proposa de la faire reconduire à sa chambre. Ahiâm voulut alors porter sa sœur, mais elle s’y refusa. Un disciple de Sacrieur, même affaibli, ne se laisse pas porter comme un vulgaire ballot de laine de boufton. Aussi se mit-elle debout tant bien que mal. Ce ne fut qu’à partir de ce moment qu’elle accepta d’être soutenue par Noïga et Ferora. Cette dernière ne put s’empêcher de lui lancer une pique sur la fierté parfois mal placée des disciples de Sacrieur. Ahiâm et Darinao leur ouvrirent le chemin et la jeune femme fut bientôt allongée dans sa chambre.


Par Ferora

Noïga demeura au chevet de la disciple de Sacrieur, elle tenait à s’assurer qu’elle ne manquerait de rien. La présence de tous les membres de l’équipe rassura Eloah car elle s’endormit dans un sommeil profond et paisible. De son côté, Ahiâm était épuisé mais ne parvenait pas à fermer l’œil, beaucoup trop excité par l’expérience qu’il venait de vivre. Ayant réussi une première fois à visualiser les flux magiques en intervenant sur sa sœur, il s’essayait maintenant en secret sur ses camarades de route. En Noïga, il visualisait des flux lents, continus et lisses s’entremêlant dans une teinte majoritairement verte. En Darinao, des flux très courts, tantôt très lents, tantôt si rapides qu’on en perdait le parcours, on aurait dit contempler un labyrinthe bleu sombre en constant remodelage. Les flux de Bekaroë étaient beaucoup plus dociles et décrivaient des formes parfaitement géométriques reliés entre elles de façon très ordonnée. De façon surprenante, le schéma magique semblait statique, c’étaient les couleurs qui fluctuaient au sein d’un unique tracé. Un instant, le jeune disciple s’avisa que le schéma magique des iops était fort simple, puis il remarqua que contrairement à ces deux précédentes observations où les flux s’entremêlaient et se chevauchaient, ceux de Bekaroë se superposaient en différentes couches parfaitement définies. L’exercice était devenu d’une facilité déconcertante au regard de l’épreuve initiale, mais cela finit par lui donner la nausée et des maux de têtes. Sa curiosité le poussa cependant à sonder les flux habitant Ferora. Il eut un pressentiment et hésita quelques secondes, puis se décida. Dans sa vision spirituelle, la disciple de Féca illuminait tel un phare en pleine nuit et éblouit l’esprit du jeune eniripsa. Il sortit de sa transe, une goutte de sueur perlant sur son front, s’accompagnant d’une forte migraine. Il se dirigea vers la cuisine pour se servir une bonne tasse de thé noir et décida de réfléchir à ces fascinantes observations plus tard. En attendant, il entreprit de lire un ouvrage de Maître Casel, « Langage féerique et autres dialectes sylvestres » après s’être juré dans la forêt d’Orchomène de pouvoir communiquer avec les fées.

Pendant tout ce temps, les trois grands maîtres du temple de Gryne, Casel le maître de la magie curative, Frizec l’expert en potions et Mug le spécialiste des onguents, échangeaient en réunion privée sur les derniers événements survenus au temple. Casel, en tant que coordinateur du temple, se chargeait de notifier par écrit les actes pratiqués ces derniers jours, les résultats de leurs recherches respectives et le suivi de chacun des patients, d’après les notes des soigneurs de l’ensemble du temple. L’ensemble des notes était enfin contresigné par les trois dirigeants. Il y eût un débat autour de la notification du cas de disruption élémentaire d’Eloah. Comme l’avait dit Frizec à son apprenti, l’utilisation de cette potion à des fins mal attentionnées pouvait avoir des conséquences désastreuses et Frizec tenait à garder son secret précieusement tant que d’autres recherches ne serait pas menées. Divulguer cette guérison attirerait dans le meilleur des cas une curiosité malsaine autour du temple et d’Eloah, et peut-être même de la malveillance autour du médecin. Mug considérait que la réussite de cet acte était spectaculaire et ne pouvait que renforcer la réputation du temple et s’accompagner d’une augmentation des donations permettant alors d’améliorer toujours plus la qualité des soins. Parfaitement dans son rôle, Casel arbitra le débat. Il rappela que leur devoir premier était de protéger et de soigner. Ainsi, la divulgation de l’acte mettait en danger à la fois Eloah et Frizec, et l’enlèvement ou la disparition de Frizec serait une perte colossale pour le temple. L’idée d’augmenter les donations au temple fût tout de même retenue et Casel décida d’aller lui-même en conférences dans les grandes villes les plus proches, afin d’exposer l’avancée de leurs recherches et de vanter les dernières prouesses accomplies sur Gryne, en omettant bien sûr le cas d’Eloah. Le conseil fut ainsi clôt, et les trois collègues et amis burent une tasse de thé noir en s’échangeant des paroles banales. Le lendemain, Neihli interpella son mentor dans son laboratoire d’alchimie :

— Maître Frizec, la guérison de la patiente sacrieur ne figure pas dans le registre.
— De quelle patiente parles-tu ? demanda-t-il, concentré sur la préparation d’une potion.
— La sœur du jeune soigneur arrivé récemment. Pourtant, le conseil s’est réuni hier, n’est-ce pas ?
— Oui, tout à fait. C’est une décision que nous avons prise à l’unanimité. Éluda-t-il sans se détourner de sa tâche.
— Pourquoi cela ? insista la disciple avec un regard accusateur.
— Le conseil prend ses décisions en fonction de l’intérêt du patient. Nous avons jugé plus sage de ne pas mentionner cette intervention, contra le maître en plantant des yeux réprobateurs dans le regard fixe de Neihli.
— Le monde a le droit de savoir ce qui se passe ici, vous ne devriez pas cacher notre art ! répliqua l’assistante plus en colère qu’elle ne l’aurait dû.
— Mon art ! gronda Frizec, Tu ne disposes pas de la sagesse nécessaire pour contester les décisions du conseil. Garde ta place, veux-tu ! Tu es ici pour apprendre. Frizec se tut quelques secondes sans cesser de planter ses yeux dans le regard de son apprenti, il décida alors d’une punition appropriée. Va préparer 100 potions bulbiques et 50 elixirs de chaque classe je te prie.
— Maître, à la vitesse où ses potions sont utilisées dans le temple, les trois quarts seront perdus d’ici une semaine, contredit l’effrontée avec un sourire moqueur, accusant le vieil homme de sénilité par son regard.
— Ne crois-tu pas que je sois conscient de la valeur de chacune de nos plantes ici ? Maître Casel s’en va en conférence dès demain, pour une semaine. Il va dispenser la bonne parole à Orchomène, Mystarr, Balens, Amanol et Kruger ! Il en profitera pour livrer des potions de Gryne, car nos plantes sont plus puissantes qu’ailleurs ! Tu mettras ton nom sur chaque potion que tu fais. Si tu t’appliques et que les potions qui portent ton nom arrivent à la réputation de Gryne, tu pourras postuler où tu voudras dans ces cinq grandes villes en étant sûre d’être acceptée.

Neihli hocha la tête et le regard de son maître s’adoucit, elle tourna les talons et sortit du laboratoire. Frizec secoua la tête en se disant que les jeunes étaient bien plus effrontés qu’à son époque. Il avait formé de nombreux étudiants et avait eu à faire à des têtes brûlés. Aussi, il ne s’inquiéta pas plus de cette rébellion et se remit au travail. Frizec était un homme sage, juste et profondément dévoué à autrui. La punition imposée à son assistante constituait un travail harassant, il le savait, mais au final, cette punition pouvait servir la jeune fille. Neihli sourit en fermant la porte du laboratoire. Ce vieil érudit avait la langue bien trop pendue selon elle. Il n’imaginait pas à quel point il venait de la servir. Un plan monstrueux naquit dans sa tête. Une épidémie. Voilà ce que Neihli allait déclencher à travers les potions. Peu importe qu’il y ait son nom dessus. Ce n’était même pas le sien, et quand l’épidémie se déclarerait, elle aurait disparue depuis longtemps. Les malades afflueraient et les médecins de Gryne seraient dépassés et s’acharneraient au travail. Il faudrait agir vite. Car ces vieux bougres seraient capables de trouver un antidote rapidement. Une faille dans le plan de Neihli lui apparut soudain : et si Frizec tombait malade ? Puis elle se dit que son entourage avait suffisamment de pouvoir pour le maintenir en vie le temps d’obtenir ses secrets. Elle entra dans le laboratoire commun et s’affaira à préparer les potions. Le temps qu’elle réalise tout le travail demandé, les autres apprentis auraient finis leur journée et si quelqu’un la questionnait à propos de sa présence tardive, elle n’aurait qu’à invoquer la punition de Frizec, qui confirmera au besoin. Une fois seule, elle pourra tranquillement distiller dans chaque fiole sa touche personnelle machiavélique. En cet instant Neihli se sentait supérieure à tous les membres du temple, y compris les grands maîtres, rendus selon elle insouciants par leur quotidienne bienveillance. En cet instant, elle se sentait digne d’intégrer les Sœurs.


Par Eloah

Hier soir, Ferora sortit peu de temps après Ahiâm, laissant Noïga et Darinao veiller sur son amie. Rassurée sur son état de santé, elle pouvait dorénavant se concentrer entièrement sur sa découverte, et en particulier sur un moyen d’y pénétrer. Elle ne pouvait pas simplement détruire le sol du couloir ou les murs de la bibliothèque, le temple d’Eniripsa ne s’en remettrait jamais. Quant à agir de manière plus subtile, elle ne possédait pas les connaissances nécessaires pour briser le sort de protection. Un comble pour une disciple de Féca, Déesse du Bouclier ! Il lui fallait donc se renseigner. Or, qui mieux qu’un disciple d’Eniripsa connaissant les magies de l’époque des Dofus et du Wakfu pouvait mieux répondre à ses questions. Elle voulu donc rattraper Ahiâm mais le docteur Frizec l’attendait dans le couloir :

— Ma chère disciple de Féca, il va falloir que nous discutions. Vous semblez en savoir beaucoup sur notre savoir, et Darian m’a rapporté que vous maîtrisez des sorts perdus depuis mille ans, et, détenez un communicateur du Clan. En plus, voilà que votre amie possède des flux comme je n’en avais vu que dans les vieux livres d’histoire de notre ordre. Je vais encore vous poser la question et j’espère bien que vous allez me répondre cette fois-ci : qui êtes-vous ?
— Même si la question est simple, maître Frizec, la réponse ne l’est pas, répliqua Ferora.
— Je suis très loin d’être idiot, jeune fille et sachez que nous venons de décider d’un commun accord de ne pas inscrire dans nos registres le cas de votre amie.
— Je vous en remercie, mais puis-je savoir pourquoi ?
— Vous avez l’art d’esquiver les questions. Mais soit, je vais tenter de gagner votre confiance. Nous l’avons fait parce que nous pensons que c’est la meilleure mesure à prendre pour sa propre sécurité. D’autres guérisseurs moins scrupuleux auraient d’abord étudié complètement son cas quitte à la laisser mourir plutôt que de perdre une affection aussi rare. Même aujourd’hui, certains d’entre eux feraient tout pour l’étudier et apprendre comment cela est arrivé et comment y a-t-elle survécu.
— Je vous en remercie donc d’autant plus. Néanmoins, cela assure également votre sécurité personnelle, je me trompe ?
— Comment cela ?
— Si ces gens pourraient vouloir le cobaye, ils souhaiteraient sans doute autant le guérisseur.
— Maligne, hein. Je n’en attendait pas moins de vous, même si vous ne me facilitez pas la tâche. Très bien, je vais abattre mon atout. Je suis le membre du Clan de cette île, et je dois savoir qui vous êtes afin de savoir si vous êtes un danger pour mon territoire.
— Prouvez-le. Tout comme vous vous méfiez de nous, nous avons appris à nous méfier des personnes trop curieuses à notre égard.
— Voici ce qui pourrait être une impasse, chacun de nous ne voulant pas abattre son jeu devant un potentiel ennemi. Toutefois, je dois vraiment savoir qui vous êtes.

Soudain, le couloir s’assombrit considérablement. La Ryukana commença à élever ses défenses afin de parer toutes attaques mais rien ne vint. Elle utilisa alors ses sens pour sonder ce nouvel environnement et constata que le temple avait disparu. Enfin, pas tout à fait. Tout ce qu’elle est en ressentait était fortement assourdi comme si un voile l’en séparait, car ses sens l’informaient aussi qu’elle n’avait pas bougé. Elle se trouvait toujours au même endroit, ainsi que le membre du Clan. Elle en déduisit donc que le disciple d’Eniripsa avait érigé une sorte de barrière, ou plutôt et à son grand étonnement, avait peint cette barrière. La disciple de Féca la sonda mais sa nature lui échappait complètement, elle n’avait jamais vu cela. Très contrariée, elle déclara alors :

— Joli numéro, j’ai une amie roublarde qui apprécierait beaucoup un tel sort.
— Oh, ne raillez pas, vous êtes juste mécontente d’avoir été ainsi surprise. Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas pour vous faire du mal que j’ai peint ce voile. Non, ce voile doit nous permettre de continuer notre conversation en toute tranquillité. Personne ne peut nous y écouter ou même nous y trouver. C’est très pratique lorsque mes condisciples doivent intervenir sur les champs de bataille.
— Je veux bien vous croire sur ce point, mais en quoi cette nouvelle discrétion va-t-elle nous sortir de notre impasse ? Cela ne me prouve pas que vous êtes ce que vous dîtes.
— Certes, mais ici je vais pouvoir laisser transparaître ma véritable nature et je suis sûr qu’avec vos sens exceptionnels vous pourrez vous en rendre compte par vous-même. Vous n’aurez ainsi plus à me croire sur parole.
— …
— Allons, si vous ne le pouviez pas, vous n’auriez pas pu diagnostiquer si précisement votre amie. Allons-y.

À première vue, rien ne se passa. Puis, progressivement, Ferora vit à travers ses sens que les flux magiques du docteur Frizec changeaient et se réarrangeaient selon un schéma qu’elle avait déjà vu. Il ressemblait à celui de Ganapsus, le membre du Clan qu’ils avaient rencontré après être sortis de la forêt d’Orchomène. Elle ne pouvait plus douter de la nature de Frizec, il n’avait pas menti. Au moment où elle comprit cela, elle réalisa également que son "secret" était en train de s’ébruiter à une vitesse affolante et qu’à cette vitesse, tout Amakna serait bientôt au courant. La Ryukana doutait que Féca soit assez souple pour permettre une telle publicité. Enfin, elle n’avait pas vraiment le choix puisque sa Déesse apprécierait encore moins qu’elle mente à un représentant des Douze.

Ferora expliqua donc qui elle était, son amie Eloah et comment elles s’étaient retrouvées ici. Pendant ce temps, le membre du Clan l’écouta en silence. Lorsqu’elle termina, il lui demanda de venir le voir le lendemain matin dans son bureau, puis fit disparaître sa barrière, et s’en alla. Restée seule dans le couloir, la jeune femme ressentie une grande fatigue et se demanda combien de temps s’était écoulé depuis le début de l’entrevue. Oubliant Ahiâm et les questions en suspend, elle retourna dans la chambre de son amie pour voir si tout allait toujours bien. Noïga s’était endormie sur sa chaise, une couverture sur les genoux et Darinao à son côté. Avisant une couverture libre, elle décida de les imiter et s’assit sur la dernière chaise libre, en face du lit de son amie.

Au matin, elle se sentit toujours un peu groggy mais assez en forme pour prendre la mesure de sa discussion avec le docteur Frizec. Sans réveiller les autres occupantes la chambre, elle sortit de la pièce. Elle croisa Bekaroë venant aux nouvelles et mécontent d’avoir été abandonné seul dans le chalet. Elle dû lui expliquer ce qui était arrivé hier à Eloah en termes assez simples pour lui. Ses explications terminées et en parties comprises, Ferora lui demanda en service de surveiller et prendre soin de leurs amis. Mieux valait prendre toutes les précautions. Puis, elle se rendit au bureau du docteur où elle croisa son assistance Neihli qui en sortait un sourire malicieux aux lèvres. Plus préoccupée par son maître que par la jeune fille, elle n’y prêta toutefois pas attention. Après avoir frappé et avoir été invitée à entrer, elle franchit le seuil du laboratoire avec appréhension.

— Bonjour, jeune fille ! Avez-vous passée une bonne nuit ? l’accueilla gaiement le maître des potions.
— Bonjour, maître. Un peu groggy ce matin, principalement dû à l’inquiétude quant à votre réaction.
— Dans ce cas, ne le soyez plus. Vous m’avez fourni assez d’explications et de détails pour que je croie à votre histoire. Ce qui m’étonne le plus, en réalité, c’est la facilité avec laquelle vos précédentes rencontres l’ont acceptée aussi facilement. Le maître Xélor qui vous confie une de ses jeunes apprenties, mon collègue Ganapsus qui vous a laissé partir avec la promesse de vous aider, ou encore vos nouveaux compagnons Noïga et Bekaroë. Votre histoire est assez incroyable pour remplir une étagère de toutes bibliothèques d’aventures, et eux vous ont crû sur parole sans vraiment de détails. Enfin, tant mieux pour vous.
— Heu… Je ne comprends pas très bien où vous souhaitez en venir, hésita Ferora.
— Peu importe. Passons à autre chose. Hier soir, vous m’avez également parlé de votre découverte dans les sous-sols de notre temple. Cela m’intéresse énormément. Pouvez-vous m’y conduire, j’aimerai voir cela par moi-même.
— OK, répondit-elle heureuse de bien s’en tirer. Juste que je souhaiterais passer par les cuisines avant, je n’ai pas encore mangé.
— Où avais-je la tête ? Bien entendu, nous y passerons en chemin.

Une demie-heure plus tard, ils se trouvaient dans le couloir désaffecté où la jeune femme avait découvert le passage énergétique. Tout d’abord, le docteur Frizec ne resentit rien. Puis, guidé par Ferora et ses sens de membre du Clan, il détecta à son tour le monte-personne. Fasciné, il voulut l’étudier sous toutes les coutures jusqu’au moment où découvrant un motif énergétique qu’il pensa reconnaître, ils disparurent.

Lorsqu’ils réapparurent, ils se trouvaient au troisième sous-sol, les lumières de la salle s’allumant toutes seules. Ils y découvrirent alors d’immenses bibliothèques de livres, d’objets en tous genres, de potions, de petites tables disséminées et au bout de la pièce, une immense table prenant toute la largeur, devant une estrade sur laquelle reposait une statue, où les Déesses Eniripsa et Féca semblaient s’entre-mêlées l’une l’autre pour brandir un bouclier ne représentant plus deux croissants rouges mais cinq potions différentes en étoiles. Très étonnés par cette représentation, aucun des deux ne pu l’expliquer. Cela leur permit juste de supposer que c’était grâce à leur présence à tous deux que le passage s’était ouvert. Ils continuèrent à fouiller un peu au hasard afin de mieux se rendre compte du contenu de la pièce, et dans le secret espoir de découvrir pour l’une les indices promis par Latas, pour l’autre des livres sur des potions encore inconnues. Déçus de ne rien trouver, ils allaient rebrousser chemin lorsque le docteur Frizec remarqua que deux vides entre des bibliothèques avaient les dimensions de portes. Ils s’en approchèrent et constatèrent qu’effectivement, il s’agissait bien de portes. Il y avait un encadrement recouvert de poussière, et une partie des gongs qui dépassaient. Néanmoins, il leur fut impossible de les ouvrir, que ce soit avec leur magie séparée, liée ou même des attaques physiques. Un peu dépités, ils décidèrent qu’il était temps de remonter.

Le maître des potions retrouva le motif et avec leur magie combinée, le passage se rouvrit. Cette fois-ci, le disciple d’Eniripsa se souvint où il avait déjà vu ce motif. Il était représenté sur une très ancienne mosaïque sur l’un des murs de fondation de la nef du temple. Il fut soudain très effrayé par leur découverte et pria sa Déesse qu’il se soit trompé. Car, s’il avait raison, cette pièce et tout son contenu pouvait bien être aussi dangereux qu’Ogrest et ses six Dofus. Les disciples d’Eniripsa ne sont pas les premiers habitants de cette île. Lorsque leurs ancêtres sont arrivés ici, ils ont trouvé les vestiges d’une ancienne cité appartenant à un peuple jusqu’alors inconnu. Après plusieurs années de recherche, ils ont finalement découvert que ce peuple était en avance sur son temps en magie et technologie, mais surtout qu’il croyait ne pas être les images des Dieux et Déesses mais que les Dieux et Déesses étaient à leur image. Le docteur Frizec prit donc la décision d’interdire l’accès à quiconque et en particulier à Ferora et ses compagnons jusqu’à ce qu’il se soit assuré que ce sous-sol n’avait rien à voir avec ce peuple. La jeune femme protesta mais il ne lui en laissant que peu de temps puisqu’il partit aussitôt pour la bibliothèque des Grands Maîtres. Elle n’avait plus, pour le moment, la possibilité d’agir et retourna donc à la chambre d’Eloah.


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