Ferora Les aventures d’Eloah et Ferora Eloah
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— Vous avez tout de même de sacrés relations toutes les deux. M’enfin, aucune qui nous donnera de la bonne bière… Allez ! Je crois bien qu’il faut qu’on rentre se coucher, je ne voudrais pas qu’Ok’ s’inquiète en ne nous trouvant pas à son réveil. Dites ! Vous êtes lesbiennes ? demanda moqueur le disciple d’Osamodas.
— Uni ?! s’exclamèrent-elles d’une même voix.
— Hum… Vous répondez d’une même voix, c’est un signe…

Mais Unician ne finit jamais sa phrase, Ferora venait de l’atteindre et le regardait droit dans les yeux. Il y vit les flammes ardentes qu’il y avait toujours décelé. Pourtant, elle venait de dire qu’elle n’était plus une Ryukana…

— Arrêtes tes bêtises ! Et, aide-moi à ramener Elo à la ferme.
— Puf, si on ne peut même plus rigoler avec vous, les filles, cette aventure va partir en queue de boudin.

A contre cœur, Uni prit le bras droit de leur amie tandis que Ferora prenait le gauche. Heureusement, la maison n’était pas très loin et Eloah y arriva sans souffrir davantage de ses blessures. Ne voulant pas prendre le risque de monter à l’étage, Ferora décida d’allonger son amie sur les coussins du salon.

— Je vais rester là pour la veiller, tu peux aller te coucher Uni. On se retrouve demain, d’accord ?
— Ouais.
— Tu n’es pas obligé de rester tu sais, je ne suis pas infirme. J’ai l’habitude des blessures après tout, ajouta la disciple de Sacrieur en faisant un sourire complice à son amie.
— Et à quoi servirait l’amitié alors ?
— Oh ! Tu n’as pas le droit de retourner mes arguments contre moi, se renfrogna légèrement Eloah avant d’en rire quand elle vit que Ferora lui tirai la langue.
— C’est bon de te revoir comme ça, Fero. Tu m’as manqué.
— Tu m’as manqué aussi, répondit-il avec un clin d’œil avant de rire à nouveau de joie.
— Et après ça, elles vont encore me dire qu’elles ne sont pas plus que des amies, s’amusa Uni.

Le lendemain matin, ce fut le tofu royal de la ferme qui les réveilla avec son cri de l’aube. Les premiers levés furent bien entendu Ok’ et sa femme, habitués à se lever à cette heure. Les filles s’éveillèrent véritablement lorsqu’ils descendirent au rez-de-chaussée pour s’occuper des premiers animaux.

— Ah ! Vous êtes là ! Heureuse que tu sois de retour Ferora, déclara sincèrement Chiisana.
— Je suis également contente d’être là, assura-t-elle souriante.
— Et, tu as même retrouver le sourire !
— Oui, s’amusa-t-elle, cette nuit a été riche en péripéties.
— Il faut fêter ça alors. Je vais vous faire un gâteau dont j’ai le secret. Vous m’en direz des nouvelles !
— Heu… C’est que nous souhaitons partir assez tôt ce matin pour profiter du maximum de la journée.
— Oh ! Ne vous en faîtes pas, Unician ne se réveillera pas avant l’heure de la mi-journée. Ce n’est pas la première fois qu’il vient et c’est toujours comme ça. Mais… Peut-être arriverais-je à le réveiller avant avec l’odeur de mon gâteau, ajouta-t-elle devant les mines déconfites des deux jeunes femmes. Il l’adore !

Ainsi fut fait. Les filles passèrent le temps en aidant Ok’ avec les animaux et purent donc voir l’évolution qu’allait suivre les animaux qu’elles connaissaient. Ce qui les étonna le plus, c’était la complexification des familles. En effet, il n’y avait point tant de races différentes pour une même espèce à leur époque, et ne parlons même pas des phorreurs qui n’existaient même pas. Pourtant, ils étaient très utiles pour labourer, comme elles purent le constater d’elle-même. La mi-journée arriva si rapidement qu’elles eurent du mal à croire que le temps avait pu s’écouler si vite. Malheureusement, cela signifiait aussi que Chiisana n’avait pas réussi à réveiller son aïeul. Celui-ci, descendit, comme prévu, quand le repas fut prêt à être servi.

Ce fut finalement vers le milieu de l’après-midi qu’ils partirent de la ferme, après de longs adieux entre les filles et Chiisana. Cette dernière leur chuchotant discrètement quelque chose à l’oreille. Ils s’embarquèrent tous dans le chariot d’Ok’ qui se dirigea rapidement vers la route en pierres la plus proche, celle qui menait à Amakna, la capitale du royaume éponyme.

— Hum… Dites-moi, les filles, qu’est-ce Chiisana vous a raconté à l’oreille ? interrogea curieux Unician.
— La recette… commença Ferora.
— …de son gâteau, finit Eloah.
— Quoi ?! Mais, elle n’a jamais voulu me la donner à moi, son aïeul ! C’est un comble…
— Secret de femme ! répliquèrent-elles complices avant de partir dans un grand éclat de rire.
— Tout compte fait, je me demande si je ne préférais pas la Fero froide comme la glace plutôt que la vive comme le feu…


Par Ferora

Ils approchèrent bientôt d’une suite de bâtiment au bord gauche de la route. Ceux-ci servaient d’entrepôts aux marchands qui avaient les moyens de les louer. C’était le gouverneur Ecremmoc qui avait eu l’idée de regrouper ce type de bâtiments afin, d’une part, de pouvoir assurer leur sécurité, et de deux, d’interdire leurs constructions sauvages. Bien entendu, ceci ne s’était pas fait sans un certain « don » de la part des marchands qui les utiliseraient. Toutefois, même si la potion avait été dure à avaler au début, les avantages s’en firent vite ressentir. D’autant plus que le gouverneur en fit construire sur tous les abords des routes les plus importantes, et même sur les routes secondaires, quoique ces derniers bénéficiaient d’un service et d’une qualité moindre. De plus, les marchands pouvaient en louer autant qu’ils le souhaitaient, pourvu que les entrepôts soient séparés d’au moins une journée de dragodinde. Autant vous dire que le commerce explosa à cette époque. Enfin, ce qui nous intéresse ici, c’est celui que louait Okun avec un de ses vieux amis. C’est à l’intérieur qu’était rangé son ballon et les marchandises qu’il devait transporté au village.

— A combien sommes-nous d’Amakna, Okun ? interrogea Ferora.
— Hum, à environ cinq jours de marche, quatre dans cette carriole, ajouta-t-il amusé.
— Et, le village où nous allons ?
— A trois ou quatre heures de vol, ça dépendra des vents.
— Et de votre poids les filles, ne pu s’empêcher de rajouter Unician.
— Puf…

— En parlant de ça. Ouai, je sais, la transition est bizarre. Comment fonctionne votre ballon ? demanda Eloah. Comme ceux des brigandins ?
— Qui ? Ah ! Oui, ceux qui se targuent de les avoir inventé. Si vous voulez mon avis, ils ont pas inventé l’eau chaude ceux-là. Tout’ façon, quelle importance de savoir d’où ils viennent, du moment que ça fonctionne, hein ? déclara Okun en lui faisant un clin d’œil.
— Vous avez sûrement raison, mais je suis tout de même curieuse du fonctionnement de votre appareil.
— Ah ! Nous y voilà !

Okun stoppa la carriole devant un entrepôt qui portait le numéro vingt-sept. Descendit vivement à terre tout en sortant une clé en fer de sa bourse. Il déverrouilla rapidement le cadenas et libéra la chaîne qui retenait les battants. Il la rangea soigneusement dans un sceau prévu à cet effet sur la droite du bâtiment. Pendant ce temps, Unician et les filles étaient à leur tour descendit à terre et vinrent ouvrir l’entrepôt. Eloah et Ferora fut très surprise de ce qu’elles y découvrirent.


Par Ferora

L’appareil volant était là, devant leur yeux, magnifique. Il ne s’agissait pas seulement d’un moyen de transport, c’était une vraie merveille. La coque était sculptée dans du bois d’orme. Une rambarde en merisier rouge faisait le tour de la coque afin de protéger ses occupants d’une éventuelle chute et servait également de support à de nombreux systèmes de navigation. Un mat central en merisier, toujours imposant, gravé de diverses inscriptions permettait d’attacher une grande voile. Deux autres petits mats de part et d’autre du mat central retenaient d’autres voiles accessoires.

— Alors les filles ? demanda Okun aux deux amies ébahies.
— Et bien, c’est une vraie merveille…
— Un bijou, renchérit Ferora.
— Eloah, veux-tu bien attraper ce cordage ? Ferora, prends celui-ci s’il-te-plaît.

Les deux amies s’exécutèrent. Okun monta le long d’une petite échelle et détacha en plusieurs points la coque de la structure à laquelle elle était attachée. Okun attrapa un troisième cordage et rejoignit les filles à l’avant de la coque. Il leur fit signe et tous trois se mirent à tirer de toutes leurs forces l’appareil volant. Des cales roulantes étaient fixées à la coque et permettaient le roulement de cette dernière sans la faire frotter au sol, et épargnant ainsi de trop gros efforts à nos compagnons. Une fois l’appareil sortit de l’entrepôt, Okun libéra les filles de leur labeur.

— Finalement, je pensais que ça aurait été plus lourd que ça, lança Eloah, fière d’avoir à peine suée. Okun sourit et se dirigea vers le fond de son entrepôt.
— C’est la coque en orme, Elo. Ce bois noble est à la fois extrêmement robuste et léger. Il résiste très bien à l’humidité, qui plus est.
— Tu as l’air de bien connaître les arbres, Ferora ! remarqua Okun en revenant de son entrepôt avec une grande échelle et un trousseau de clés.
— Pourquoi ne pas avoir construit l’ensemble du bâtiment en orme dans ce cas ? interrogea Eloah.
— Question de financement j’imagine, l’orme est très cher, indiqua la bûcheronne en connaisseuse.
— Tout à fait ! La rambarde et les mâts sont aussi beaucoup plus exposés à l’usure, à cause des appareillages qu’on y attachent et aussi des éventuels abordages. Il est donc plus facile de remplacer ces éléments en merisier. J’aurais bien pu mettre du chêne, mais c’est plus lourd, et j’aime bien la couleur du merisier.
— Eventuels abordages ? questionnèrent en chœur les deux femmes.
— Oui, même dans les airs. Les Brigandins, vous savez… Mais avec une escorte comme vous, je ne crains rien. Ha ! Ha ! Ha !

Okun disposa l’échelle contre la rambarde et invita les deux amies à monter à bord. Il leur indiqua deux drôles de sièges et leur demanda de s’asseoir.

— C’est curieux, comme siège, s’inquiéta Eloah qui avait peur de devoir passer le voyage assise inconfortablement.
— Encore un petit coup de main les filles, s’ils-vous-plaîent. Vous êtes deux, ça devrait être encore plus facile !
— C’est plutôt un coup de pied que tu leur demandes ! ajouta Unician qui riait.
— Que doit-on faire ?
— Pédalez !
— Ah ! Je me disais bien, ça ressemble à des pédales, là ! On se fait une petite course, Fero ?
— On ne risque pas d’aller bien loin ! C’est vraiment une machine étonnante. A quoi servent ces pédales ? demanda son équipière.
— Elles sont reliées à un système de propulsion verticale. En pédalant vous faites tourner des hélices horizontales qui vont permettre à notre « bateau » de se soulever du sol. Je pourrais ainsi enlever les cales. Allez-y les filles ! Quand vous voulez.

Alors Eloah et Ferora se mirent à pédaler. L’appareil commença à s’élever. Okun ôta l’échelle, la rangea et ferma l’entrepôt. Il monta à bord grâce à des petites prises à l’arrière de la coque. Il rangea les cales et les cordages dans un coffre intégré à la coque. Il en sortit ensuite des voiles. Puis, il les disposa sur les deux petits mâts et réalisa une série de gestes techniques. Enfin, il se dirigea vers les filles et tira sur un levier qui se situait entre les deux sièges à pédales. A partir de ce moment, le ballon prit rapidement de l’altitude.

— Je me disais bien aussi, on décollait pas !
— Ha ! Ha ! Eloah ! Oui, il ne faut pas laisser tourner les hélices trop vite au départ, sinon celui qui est au sol ne pourra pas monter à bord !
— Il faut donc être au minimum deux pour manier cet engin ? demanda Ferora.
— Oui, le décollage du sol est critique. Pour la navigation, je me suffit à moi-même. D’ailleurs, nous avons pris assez d’altitude, vous pouvez arrêter.
— Oh ! Quelle vue ! C’est magnifique ! Regarde ça, Fero ! s’écria ébahit la disciple de Sacrieur après avoir rejoint le bord du pont.
— En effet, c’est autre chose que les transporteurs brigandins…
— Mais, si tu as un voyage de plusieurs jours à faire, tu es obligé de te poser aux sols chaque soir ?
— Non, il y a des scaraports à de nombreux endroits.
— Scaraports ?
— Oui, ce sont des ports « aérien » adaptés à ce type de structure volante, ils sont placés dans de grands arbres. C’est très pratique, ça permet de gagner beaucoup de temps au décollage.
— Tu nous expliques comment fonctionne ton appareil ?
— Quelle soif de connaissances cette Ferora ! Bien sûr. Alors les voiles là, reliées aux petits mâts et à la rambarde, elles permettent de prendre les courants d’air chaud, ceux qui montent. C’est grâce à elles que nous volons.
— Et, à notre coup de pédale !
— C’est vrai aussi, Eloah ! Le grand mât a plusieurs fonctions. Là, je lui ai attaché une grande voile de direction. Grâce à cette barre, là, je dirige le sens de la voile, en fonction du vent. La girouette en haut du mât permet d’anticiper sur les changements de vent et de réagir rapidement. Sinon, on peut associer à ce mât deux autres voiles de même type que les petites. Si les courants ascendants sont trop faibles, ou quand je suis chargé de marchandises.
— Ce ne doit pas être facile de savoir quand il faut mettre ce type de voile. Au risque de prendre trop d’altitude et de perdre son chemin, ou au risque de se crasher !
— C’est tout un art de voler, en effet.
— Si on est trop lourd, on peut toujours balancer Eloah par-dessus bord ! s’exclama Unician qui explosa de rire.
— Je me demande lequel de nous deux est le plus lourd, Uni… riposta la disciple de Sacrieur.
— Tenez ! Venez les filles. Vous allez nous diriger.
— Quoi ?! Ok’ ! Mais, tu es fou ? Tu veux nous faire tuer !
— Tout’ façon Uni, en ce qui te concerne, tu risques pas grand chose ! rétorqua Eloah.
— Oh ! Chut ! Ne bougez plus. Regarder là. Juste devant. Un tofu céleste.


Par Eloah

— Un Tofu Céleste ?! Alors, ça existe réellement… Je croyais que c’était une histoire abracadabrante de la part du disciple de Xélor.
— Non, ils sont bien réels, comme tout les autres d’ailleurs. Et puis, ça ajoute un peu de piment, ha ! Ha ! Ha ! s’amusa Ok’.
— Encore une chose que j’ai l’air d’être la seule à ignorer, se vexa un peu Eloah.
— Oh ! Et bien, Uni les connaît parce qu’il a transgressé énormément de règles, Ok’ car c’est son époque, et moi grâce à mon voyage avec lui et mon statut un peu particulier… se justifia-t-elle avec un sentiment de regret à la fin de sa phrase.
— Bah, je suppose que c’est logique, mais assez frustrant tout de même. Alors, qu’est-ce que c’est ? repris son amie avec un nouveau sourire.
— Le Dieu des tofus, expliqua Okun le plus sérieusement du monde.
— Non, tu veux rire là. Un Dieu pour ses trucs ridicules… Même s’ils sont mignons, qu’est-ce qui a pu avoir une idée aussi saugrenue ?
— Ah… Le monde a bien changé depuis votre époque, enfin de ce qu’on en sait. Vu que la presque totalité des écrits ont disparus dans le raz…
— Okun ! l’arrêta Ferora. On ne doit jamais révéler le futur aux personnes du passé. Jamais !
— Puf… De toute façon, on y est dans le futur, elle va bien finir par le découvrir toute seule, répliqua judicieusement Unician.
— Peut-être, mais ce n’est pas à nous de le lui dire, ou alors je ne veux pas être là. J’ai suffisamment transgressé de règles ces temps-ci, tu ne crois pas ?

Il y eu un certain silence sur la bâtiment qui commençait à devenir gênant quand Eloah déclara qu’elle ne poserait plus de questions à ce sujet. Ce n’était, en effet, pas le moment de donner du bois au feu de Féca. Bientôt, ils laissèrent derrière eux le magnifique Tofu Céleste après l’avoir observé sous toutes les coutures. Ainsi, à peine une demie-heure plus tard, ils aperçurent une étrange structure dans un arbre gigantesque au nord-ouest de leur position.

— Qu’est-ce ? demanda Ferora qui se trouvait à la proue.
— Ce dont je vous parlais tout à l’heure : un scaraport. Malheureusement pour ta curiosité, nous allons passer trop loin pour bien le voir.
— Dommage, Okun. Enfin, ce sera peut-être pour une autre fois. Combien de temps encore avant notre arrivée ?
— Hum… Je dirais deux heures maximum, si le vent se maintient bien entendu.
— Oki, merci. Je vais le dire à Eloah. Je me demande où elle est passée… pensa-t-elle. Et, Uni ?

Finalement, c’est Eloah qui réapparut la première en montant de la cale.

— Tiens ?! Que faisais-tu là ? s’étonna la disciple de Féca.
— Un peu de shopping. Non, je plaisante. Quand arriverons-nous ?
— Un peu plus d’une heure maintenant, on peut déjà apercevoir la trouée qui abrite la cité dans la forêt, droit devant.
— Ah ! Je veux voir ça. C’est vraiment plaisant de voler.
— Attention à ne pas aller adorer Sram, plaisanta sa compagne.
— Breuh, parles pas de malheurs…

Ainsi, une heure et demie plus tard, Eloah, Unician, et Ferora se trouvaient à la sortie du port aérien à parlementer avec les gardes. Ok’ était déjà reparti avec sa cargaison vers une nouvelle destination.

— Mais, enfin ! Puisque je vous dis que nous n’avons rien à déclarer. Nous sommes justes venues nous recueillir à nos temples respectifs, tentait d’expliquer Ferora à deux gardes particulièrement butés.
— Veux pas le savoir ! Jamais vu de pareils accoutrements ! C’est quoi vos Dieux déjà ?
— Déesses. Ce sont des Déesses, Féca et Sacrieur.
— La scientifique et la dégénérée, en voilà une drôle de pair, remarqua son comparse.
— Non, mais ! Je ne vous permet pas de…
— De quoi ? On se permet ce qu’on veut nous ! On fait la loi ici ! Et si vous continuez comme ça, aussi jolies que vous soyez, on va se faire un plaisir de vous emmener au trou, nous !
— Laisse-tomber, Elo. Nous n’y arriverons pas en s’énervant…
— Hé ! appela un autre garde avec un air d’autorité. Vous deux ! On a besoin de tout le monde à la place du marché !
— Mais, chef ! Ces deux filles…
— M’en fous ! C’est pas elles mon problème là, on a bien pire là-bas. Alors, exécution, et au trot !
— Oui, chef ! Bien, chef !

Et les deux gardes récalcitrants partirent à sa suite aussi vite qu’ils le pouvaient. Ils furent bientôt hors de vue, et nos deux amies libres de circuler dans la cité. Elles commencèrent par rechercher l’artère principale, celle où les temples avaient le plus de chance de se situer. Malheureusement, ce ne pouvait être aussi simple, il n’y avait pas de véritable artère principale, la cité était trop petite. Tout le monde circulait partout, jusque dans les plus petites ruelles. Ainsi, les temples étaient complètement éparpillés dans la cité. Un peu décontenancés, Unician leur trouva une assez bonne auberge pour qu’elles puissent se restaurer et réserver une chambre pour la nuit. Il commençait effectivement à se faire tard, et il n’était jamais bon de traîner dehors dans une cité inconnue…


Par Ferora

— Bonsoir Mesdames, lança d’une voix grave le tavernier derrière son comptoir.
— Tiens, des paysannes ! s’exclama un client affalé sur une table près de l’entrée.
— Bonsoir. Une chambre avec deux lits, c’est possible ? répondit Ferora en retenant le geste de son amie qui allait pour corriger le malotru.
— Désolé ma p’tite dame, je n’ai plus qu’une chambre de libre, avec un seul lit.
— Bien, nous ferons avec.

Ferora prit la clé que le tavernier lui tendait. Elle demanda également s’il était possible de dîner. Le tavernier installa les deux amies sur une table et leur apporta de quoi manger.

— Au menu ce soir, côtelette de sanglier des plaines et sa sauce aux champignons. Ça vous ira, mesdames ?
— Très bien, merci, dit Ferora.
— Moué, grommela Eloah, les yeux rivés sur celui qui les avait offensé.
— Ne prêtes pas attention à cet ivrogne. Mangeons et allons nous coucher.
— Tu as sans doute raison. C’est juste que, déjà ces gardes, maintenant ce gros nigaud… Ça commence à m’énerver.
— Restons discrètes, veux-tu. Je ne tiens pas à passer la nuit dehors.
— Ne t’inquiètes pas, je reste sage. Mais que je ne le croise pas demain en dehors… Tu as remarqué que tout le monde nous observe ?
— Oui. Aucune importance. Je sais pourquoi nous sommes ici. C’est tout ce qui m’importe.
— C’est dans ces moments là que je me rappelle pourquoi je serais déjà perdue sans toi.

Eloah fit un clin d’œil à son amie. Elles dînèrent tranquillement et montèrent aussitôt se coucher. Les kamas étaient toujours monnaie courante, une aubaine. Eloah insista pour coucher au sol, sa nature de disciple de Sacrieur faisant passer ses amis avant elle. Ferora n’eut guère le choix d’accepter, mais lui céda l’oreiller en plume. Par chance, de nombreuses couvertures étaient entreposées dans le placard de la chambre. Eloah put ainsi se constituer un pseudo-matelas. Les deux amies s’endormirent rapidement. Au petit matin, Ferora et Eloah se réveillèrent au même moment, elles se débarbouillèrent le visage à tour de rôle et s’habillèrent pour petit déjeuner.

— Bien dormis, mesdames ? demanda la voix grave.
— Oui, merci.
— On a dormi, oui, rétorqua Eloah, à peine réveiller et de mauvaise humeur de si tôt matin.
— Du vrai jus d’orange de l’archipel des sept ! Le tavernier apporta à leur table un pichet de jus d’orange, des tartines grillés, de la confiture et du lait de bouftou chaud.
— Jamais entendu parler d’une archipel, du côté de l’île d’Otomaï peut-être ? demanda Eloah à son amie.
— Hum, non, je ne crois pas. Le monde a dû changer, tu sais… répondit Ferora sur un ton vague.
— Moué, ben en tout cas c’est bien vrai qu’il est bon.
— Dites, tavernier ? interpella Ferora au bonhomme qui desservait une table voisine.
— Oui ?
— Où pouvons-nous trouver le temple de Xélor ?
— Hum, et d’Eniripsa ? ajouta Eloah qui avait toujours en tête les paroles de sa Déesse.
— Ah ! Haem. Ces vieilleries…
— Comment ? s’exclamèrent en cœur les deux amies, surprises.
— Hé bien quoi, vous croyez que ce petit village échappe à la règle ? Plus personne ne s’occupe des ces temples centenaires depuis… enfin vous savez depuis quand.
— Plus personne ? interrogea Ferora tandis que son amie était restée bloquée sur ces paroles, en cherchant à savoir quand elle avait loupé un épisode.
— Bah… Y’a bien ’core quelques prêtres et de rares adeptes qui y passent. Mais ce n’est pas ça qui fait marcher le commerce ! Enfin, si vous tenez quand même à vous rendre sur place, j’vais vous donner un plan du patelin. Parce que quand on connaît pas, c’est assez labyrinthique !
— Merci beaucoup. Elo, tu ne manges pas ?
— Hein ? Quoi ? Heu, si ! J’étais… dans mes pensées.
— J’ai bien vu ! Allez ne traînons pas. J’ai le sentiment que la journée va être plus longue que prévue.

Les deux amies finirent de manger, remontèrent dans leur chambre chercher leurs baluchons puis réglèrent le tavernier en le remerciant pour son accueil et son aide. Unician réapparut près des deux jeunes femmes, une fois qu’elles furent à l’extérieur.

— Bien dormi les filles ?
— Pas trop mal, Fero m’a laissé l’oreiller !
— Bien. Je dirais que c’est par là, indiqua Ferora avec son index.


Par Eloah

Le petit groupe avançait à travers la foule matinale qui se pressait pour effectuer les premières tâches de la journée ou se rendre à leur travail. Ferora jouait son rôle de guide tant bien que mal dans cette cité à l’imbriolo invraisemblable de rues, ruelles, et autres tranchées entre les maisons. Finalement, après avoir échappés de peu à une douche improvisée, une charrette de tonneau de sang de sanglier conduite par un disciple de Pandawa plus ivre que la normale, et rattrapés un disciple de Sram avec la bourse de Ferora ; ils arrivèrent au temple de Xélor. Enfin, l’endroit ne devait porter ce nom que parce qu’il était reconnu ainsi. Sinon, on ne peut pas dire que l’architecture criait au monde qu’ici se trouvait l’une des maisons de Xélor. Ça avait l’air aussi délabré que les bâtiments dans le village abandonné sur la presqu’île des dragœufs à l’époque d’origine de nos trois amis. Et encore, c’était peu dire.

Toutefois, ils avaient à faire en ce lieu, le frère d’Eloah avait assez attendu comme cela. Ainsi, les deux amies se prirent par la main, leur courage dans l’autre, et elles montèrent les trois marches du perron avant de frapper à la porte étonnement solide. Unician avait de nouveau disparu, sans doute parti explorer une nouvelle portion de la cité. On ne vient leur répondre que plusieurs instants après. Néanmoins, que ne fut pas la surprise des deux femmes quand la jeune fille qui leur ouvrit sauta soudain au cou de Ferora puis d’Eloah. Après les avoir longuement embrassées, elle remit les pieds sur terre. Malheureusement, elle ne fut pas tout de suite reconnu. Il faut dire que les deux compagnes ne l’avait vu qu’une seule fois un an et demi auparavant.

Sentant bien qu’on ne savait pas trop sur quel pied danser, la jeune fille décida de se représenter :

— Et bien alors, vous ne me reconnaissez vraiment pas ?
— Heu… hésitèrent-elles en chœur.
— Bon, c’est vrai que mes habits sont étranges pour vous, ainsi que cette époque où vous ne vous attendiez sûrement pas à me trouver. Vos têtes sont vraiment à mourir de rire, s’amusa la jeune disciple de Xélor. Là, telle que vous me voyez, je suis avec les habits d’une apprentie de Xélor. Et, quant à l’époque, en fait, c’est à cause d’un de mes sorts que j’ai complètement raté à notre époque. J’ai très mal prononcé une partie et je me suis retrouvée ici, 1 000 ans plus tard. Cela doit faire deux mois maintenant que je suis prisonnière de cette époque. Ils ne veulent pas me renvoyé à mon époque à cause de ce que j’ai appris sur notre futur, et puis aussi parce que je ne suis pas sûr qu’il en soit capable ici. Enfin, pour l’instant, je ne m’en plains pas trop, j’apprends plein de choses utiles et intéressantes, et vous savez le Wakfu, il existe déjà…
— Stop, Darinao ! N’en dis pas plus, tu aurais de gros ennuis…
— Hum… Ah oui, c’est vrai, mais tu m’as reconnu maintenant en tout cas…
— Oui, oui, tu es la petite sœur de Farida. Celle pour laquelle nous nous sommes déplacés dans le monde de Pouchecot à son entrée au temple.
— Tout juste, Ferora, c’était une sacré journée ce jour-là, et puis…
— Nous sommes venus voir le grand-prêtre de ton temple, nous avons d’assez grave questions à lui poser, l’interrompit encore une fois la disciple de Féca.
— Ah… O.K., d’accord, mais là pour l’instant il est en train de présider la première messe, il va vous falloir attendre qu’il termine, mais si vous vous voulez, je vous fait visiter le temple en attendant, vous verrez, il y a plein de choses à voir, même dans ma chambre !
— Oki, oki, on va te suivre Dari. D’accord, Elo ?
— Pas de souci, du moment que le bâtiment ne s’effondre pas sur nous pendant ce temps.
— Vous allez être surprises toutes les deux, hi ! Hi ! ria leur nouvelle amie devant le regard interrogateur de Ferora.
— Préviens tout de même un responsable que nous sommes là et voulons voir le grand-prêtre…
— Pas de souci, Fero, c’est déjà fait. Mais, dis-moi, où sont passés les couleurs de tes habits, de tes cheveux, et les flammes de tes yeux ? Hein ? Hein ?!
— C’est… une longue histoire, soupira l’intéressée, et, de toute façon, je ne peux pas te la raconter.
— Pourquoi ? C’est à cause de ton histoire de Ryumachinchose ?
— Que… Que… prononça ébahie la disciple de Féca.
— Bah, quoi ? On se dit tout entre sœur ! Farida n’a aucun secret pour moi.
— Je veux bien le croire… soupira désespérément Ferora en regardant en coin son amie. Farida et Erut étaient effectivement au courant, mais ils avaient juré de garder le secret et moi juré d’oublier qu’ils le connaissaient, s’expliqua maladroitement l’ex-Ryukana.
— T’en fais pas va, je t’ai déjà pardonné, tu te souviens, rassura-t-elle son amie avec en prime un superbe clin d’œil. Allez ! Allons visiter ces merveilles que tu nous as vanté, Dari.

Les trois filles entrèrent enfin dans le bâtiment proprement dit, et lorsque la porte d’entrée fut refermée et la lumière des bougies étincelée, Ferora et Eloah eurent le souffle coupé par le spectacle qui s’offrait à elles. Le bâtiment était aussi superbe à l’intérieur qu’il était laid à l’extérieur, aussi majestueux que décrépit, aussi coloré que délavé et usé, et aussi impressionnant qu’effacé…


Par Ferora
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Le monde dans lequel évolue les personnages n’est pas de notre création, seules leurs aventures propres le sont.
© Ferora La Feu, © Eloah Sacriange, © Unician  et © Gyloise ; © Dofus, © Wakfu, © Ankama
Icônes de Crystal Clear par Everaldo Coelho, sous LGPL

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